La main des sourds

Recherche interprète en langue des signes désespérément

En France, on recense à peine 400 interprètes formés à la langue des signes, pour des besoins estimés à près de 3000. Parmi les grandes villes universitaires, Toulouse fait figure de modèle, tant en matière de formation que de structures spécialisées. Zoom sur un métier garanti sans (…)

Alain Bacci, dirigeant de la scop Interprétis.

On peut parier que l’apparition de Jean Dujardin parodiant un interprète en langues des signes, dans 9 mois ferme, le dernier film d’Albert Dupontel, restera dans les annales de l’humour sourd. « Ce film suscitera peut-être des vocations », se réjouit Alain Bacci, interprète et fondateur d’Interpretis. La scop toulousaine) est aujourd’hui la plus importante structure française spécialisée en interprétariat langues des signes. Elle emploie 33 interprètes à temps plein et recrute régulièrement. « Je ne connais pas un seul interprète au chômage », souligne le dirigeant.

Une langue interdite pendant 100 ans

L’histoire de la langue des signes française, dite LSF, est chahutée. « Il faut savoir que cette langue, dont la France avait été pionnière en matière d’enseignement, a été interdite à partir de 1881, au profit de l’oralisme », raconte Alain Bacci. A l’inverse, la Suède et les États-Unis ont favorisé la langue des signes ; le pays scandinave, qui compte 10.000 personnes sourdes ou malentendantes pour une population de moins de 10 millions d’habitants, recense plus de 300 interprètes.

La LSF a été réintroduite à partir de 1981 en France, et Toulouse, berceau du militantisme en sa faveur, est devenu une place forte de la formation, de la recherche et des emplois dans le domaine. « Depuis les années 90 on tend vers une professionnalisation de plus en plus importante, qui se traduit par la mise en place de diverses formations de haut-niveau », commente Alain Bacci. Et à considérer les évolutions dans le recrutement de personnes atteintes de surdité dans les entreprises, c’est une filière qui porte des valeurs humanistes, mais aussi d’avenir.

Des formations et des emplois

Toulouse II – Le Mirail est l’une des cinq universités françaises qui délivrent un diplôme de master d’interprétation français-langue des signes via le Centre de traduction, interprétation et de médiation linguistique (Cetim). « J’ajoute que la licence mention LEA (Langues étrangères appliquées, ndlr), parcours traduction interprétation spécialité français anglais LSF est ouverte depuis septembre 2011. Nous arrivons donc aujourd’hui à la mise en place complète du parcours licence, avec l’intégration du public sourd dans cette filière », précise Elise Leroy, maitre de conférences linguistique, responsable pédagogique de la licence LEA-LSF. Une formation qui attire un public de plus en plus varié, sourd ou non : jeunes bacheliers qui ont suivi des cours optionnels de LSF durant leurs années de lycée, étudiants ayant approché cette langue dans leur parcours ou encore des personnes plus âgées se réorientant professionnellement et ayant appris la LSF via des cours privés en association.

En matière de salaires, la profession est nettement moins valorisée que celle des interprètes en langues orales, avec des fourchettes, pour les débutants, oscillant entre 1200 et 1800 euros. Chez Interprétis, les salaires des personnels confirmés atteignent 2400 euros. Aurélia Le Roy, interprète en langue des signes chez Interprétis, est aussi en charge des ressources humaines. Elle témoigne : « J’ai découvert une langue et une culture. Non seulement je me sens utile, mais j’ai l’impression de voyager tous les jours, de découvrir de nouveaux secteurs, d’apprendre dans toutes sortes de domaines. » A bon entendeur…

Source : http://www.toulemploi.fr © 2 Décembre 2013 à Toulouse

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