Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
<> <>
Hauts de Seine Habitat

Saint-Philibert, l’hôpital qui brise le dialogue de sourds

En cette Journée mondiale des sourds, voici un exemple à généraliser : l’hôpital de Lomme est bilingue en langue des signes. C’est d’autant plus important que les troubles de l’audition touche un Français sur dix.

Lomme (Nord), hier. A l’hôpital Saint-Philibert, le docteur Drion consulte directement en langue des signes.

Josie, 62 ans, prend place dans le cabinet du docteur Benoît Drion. Un lieu où règne un silence tranquille. Pas étonnant. Ici, à l’hôpital Saint-Philibert de Lomme (Nord), c’est en langue des signes que la consultation va se dérouler. Patiente et médecin esquissent un mouvement de la main allant de la bouche vers l’avant : « bonjour ». L’établissement fait figure de modèle en cette Journée mondiale des sourds. Depuis 2002, il a mis en place, dès la salle d’attente, un service adapté aux sourds et malentendants. Sept millions de personnes (soit un Français sur dix) vivent avec ce handicap qui rend toute relation à l’autre extrêmement compliquée.

Ensemble, Josie et le médecin commentent une feuille de soins en plaisantant. « Tous les trimestres, je contrôle les résultats de son diabète, explique le responsable du service. Elle fait de l’hypertension, je vais lui ajouter un traitement. » Benoît Drion, qui a appris la langue des signes il y a plus de vingt ans, milite pour que les entendants s’adaptent aux malentendants et non l’inverse, « afin d’en faire des patients comme les autres ».

Dans ce service de pointe, le médecin, mais aussi les travailleurs sociaux, les psychologues et les secrétaires travaillent en langue des signes. « On fait en sorte que les malentendants puissent se faire soigner où ils veulent, expose le responsable. Lorsque le patient a besoin de consulter un généraliste ou un spécialiste, il passe par notre secrétariat, qui organise son rendez-vous. » L’unité coordonne ainsi le parcours de soins de 2000 patients auprès des professionnels de santé de l’ensemble de la région, ainsi que dans les différents services de l’hôpital où les malades sont accompagnés par un interprète.

Un changement énorme pour les patients. « Avant, quand j’allais chez le médecin, on communiquait par écrit, explique Josie en souriant. C’était pas facile, je ne comprenais pas ce qu’il me disait, même quand il parlait lentement. » Maintenant, cette femme sourde de naissance prend rendez-vous à l’hôpital par fax et n’hésite pas à passer se faire expliquer une ordonnance.

Pour sa consultation suivante avec une patiente âgée, le docteur Benoît Drion fait appel à Denis Planchon. Ce médiateur, lui-même sourd de naissance, a un rôle clé. Sa sensibilité lui permet d’expliquer à Renée, atteinte de troubles neuropsychologiques, comment va se dérouler son test de dépistage cognitif. « Pour les sourds, l’entendant est dans une position de supériorité, explique Denis, avec ses gestes et son visage expressif. Quand un médecin demande au patient s’il a bien compris, un sourd ne dit jamais non et il n’ose pas faire répéter. Moi, je reformule, j’approfondis et, surtout, je rassure. »

Car la langue des signes a différentes nuances en fonction de l’école où ont étudié les sourds, du dialecte pratiqué à la maison ou lorsque les gestes se détériorent à la vieillesse. Ici, les patients sont impliqués et ils deviennent plus autonomes, ce qui est aussi bénéfique pour leur famille. « Avant, on devait l’accompagner partout, raconte Sabine, la fille de Renée. Maintenant, je peux la confier au service en toute tranquillité. » Il existe aujourd’hui 15 unités similaires dans les hôpitaux de 12 régions de France.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.