La main des sourds

Festival : signes particuliers, interprètes bénévoles

Jérôme et Laure parlent souvent entre eux en LSF : « C’est plus rapide, et plus pratique ! ».

Depuis cinq ans, le Festival de cinéma de Douarnenez aborde le thème du « Monde des sourds ». Pour rendre le festival accessible, 14 interprètes bénévoles sont présents tous les jours.

Au Festival de cinéma, tous les débats sont doublés, des ateliers d’initiation à la Langue des signes française (LSF) sont organisés, et un stand ouvert de 10 h à 22 h pendant toute la durée du festival, accueille et renseigne les personnes à l’entrée du site, qu’elles soient sourdes ou simplement désireuses de s’initier à la langue, se renseigner sur les animations… Un gros travail quotidien, rendu possible par la présence de 14 interprètes professionnels diplômés en langue des signes, qui travaillent tous bénévolement.

En France, environ 200 000 personnes sourdes utilisent la langue des signes comme principal moyen de communication. Et on estime à environ 100 000 le nombre de personnes qui auront commencé à apprendre la langue des signes en dix ans, via des associations ou des cours d’initiation au lycée. Sachant que nombreux sont ceux qui n’ont pas dépassé le stade de l’initiation, les interprètes se font rares.

Interprètes, pas traducteurs

« La langue des signes ne fonctionne pas à travers des lettres, mais par des images et des concepts », explique Jérôme Bourgeois, l’un des interprètes qui vit son premier festival du cinéma. Lors des palabres et des débats, ils se relaient tous les 20 minutes : « Signer c’est épuisant. Il faut écouter, interpréter et traduire en même temps, sans oublier la gestuelle », précise-t-il.

C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas tout… « Nous devons aussi traduire les sous-entendus et pas uniquement la parole : le débit, l’intonation, la personnalité du locuteur… Tout est inclus ! », complète Laure Boussard, responsable des interprètes, qui est là depuis la première édition du « Monde des sourds ». Ils ont chacun leur propre façon de signer, leur propre « style », comme chacun à une voix différente.

Une langue à part entière

La langue des signes est une langue reconnue, et sa construction est totalement différente du français : une phrase entière peut ainsi être traduite par un signe. Son apprentissage est souvent long et compliqué. Pour Laure, il aura fallu trois ans en immersion : « La langue des signes ne passe pas par le même canal que les autres langues. Elle s’appuie sur des mécanismes complètement différents. Ce n’est pas parce qu’on parle dix langues, qu’on apprendra la langue des signes plus facilement ».

Chose étonnante : elle est universelle. Les sourds ont donc la même façon de voir le monde et de se le représenter, puisque la langue s’est construite avec la même grammaire partout, avec simplement quelques variations en fonction des territoires : « Un Japonais ou un Allemand venant assister aux conférences comprendra. Ce n’est absolument pas du français traduit en signes », explique Laure.

Le « Mondes des sourds » au festival

De nombreux rendez-vous sont prévus autour de cette thématique. Des films tout d’abord : Au-delà du silence, jeudi 29 au K à 16 h 30. Avec nos yeux, samedi 31, à la MJC à 19 h. Cultures signes, à la MJC mercredi 28 à 16 h 30 et vendredi 30 à 11 h. Deaf Jam, mercredi 28 à 11 h à la MJC. Les voix d’El-Sayed, à l’auditorium, jeudi 29 à 10 h et samedi 31 à 10 h. Il y aura aussi des cours d’initiation à la langue des signes sur le site, jeudi 29 et vendredi 30, à 12 h et à 13 h.

Des rencontres sont également programmées : mercredi 28, Fabrice Bertin donnera une lecture en langue des signes de son livre Les sourds, une minorité invisible. Vendredi 30 août et samedi 31 août, à l’hôtel de France, café-signe à 14 h 30 autour des thématiques Territoire invisible : où sont les sourds ? Et Pour qui, pourquoi implanter les sourds ?

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