Jeux Olympiques des Sourds : Cyril Jonard, ce revenant

Non qualifié pour les Jeux de Londres l’an dernier, Cyril Jonard a prouvé qu’on pouvait encore compter sur lui en réalisant une saison de toute beauté. En témoignent ses deux médailles d’argent décrochées aux Jeux Olympiques des sourds.

Il est là au milieu de son jardin en train de suer à grosses gouttes. En ce bel après-midi d’été, il enlève les mauvaises herbes, laboure la terre tout en veillant à ses plantes et surtout à son olivier né des rameaux qu’il avait ramenés d’Athènes après son sacre olympique. Cyril Jonard a décidé d’en finir avec cette friche pour planter une pelouse toute belle, toute neuve. Un sourire illumine son visage. Ses yeux bleus rieurs reflètent son bonheur. Le Pelaud a retrouvé le chemin de la félicité. Suffisant pour décider d’égayer son jardin et de le cultiver à son image. Coloré et jovial.

Meurtri dans sa chair

Il y a du travail. Il avait laissé son bout de terre, dans le centre-ville de Limoges, en jachère. C’était à l’époque où ce judoka d’exception n’avait plus goût à la vie. Meurtri dans sa chair, il se morfond alors de ne pas faire partie du voyage pour les Jeux Paralympiques de Londres. Une vilaine hernie discale l’a empêché de disputer les compétitions qualificatives pour les Jeux. Le sociétaire de l’Alliance Judo Limoges remue alors ciel et terre pour que le train ne parte pas sans lui. Mais, malgré son palmarès en or, il doit se résoudre à rester à quai.

Seul. Seul pendant que les autres participent au plus grand événement sportif de la planète, un rendez-vous sur lequel il a déjà brillé en remportant l’or à Athènes (2004) et l’argent à Pékin (2008).

Il pourrait tout laisser tomber, Cyril. Ranger définitivement ses kimonos de l’équipe de France au placard. Mais c’est mal connaître le bonhomme. Le judo lui a tout donné. Lui a permis de surmonter ses handicaps (sourd de naissance, il perd progressivement la vue). De devenir un homme, un champion et un entraîneur. Il ne l’abandonnera pas. Pas comme ça. Pas au fond du trou.

A la relance

Alors, la bête blessée va progressivement se relever. Une victoire au Tournoi d’Allemagne, répétition générale avant les Jeux, lui permet de se relancer. « Il y avait tous les meilleurs, cela prouve qu’il pouvait faire une médaille aux Jeux », affirmera plus tard Patrick Lacombe, l’homme qui l’a mené au sommet. Puis un sixième titre de champion du monde chez les sourds en septembre confirme que la belle mécanique s’est remise en marche.

Une mécanique à nouveau bien huilée qui a ramené deux médailles d’argent (en – 81 kg et en kata) de son déplacement à Sofia, en Bulgarie, au début du mois, lors des Championnats Olympiques des sourds.

Il se verrait bien aller à Rio

« Avec mon nouvel entraîneur Cyril Pages, nous avions décidé de diversifier mes méthodes de combat et cela m’a réussi dans un contexte très relevé », témoigne celui qui est devenu père d’une petite Athéna il y a quelques mois. « Ce sont des résultats très satisfaisants qui confirment qu’il reste au top niveau mondial », commente Patrick Lacombe. « Après ma non qualification pour Londres, j’ai récupéré d’autres médailles olympiques », rigole Cyril Jonard.

À 37 ans, il se verrait bien aller aux Jeux de Rio, dans trois ans. Il sait que le chemin sera long. D’ici là son jardin sera terminé. Tout beau, tout neuf. Prêt à accueillir un nouveau bouquet olympique.

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