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Les athletes sourds veulent se faire entendre

La France a deux Pierre de Coubertin. Il y a l’original, le baron qui a donné naissance en 1896 aux Jeux olympiques de l’ère moderne. Puis il y a Eugène Rubens-Alcais, le ” Pierre de Coubertin sourd “, à l’origine des Jeux mondiaux pour les sourds dès 1924. A une époque où l’on proscrivait la langue des signes et où la communauté sourde voulait trouver sa place dans la société française.

Cette compétition internationale existe encore de nos jours sous le nom de Deaflympics, deaf signifiant ” sourd ” en anglais. Du 25 juillet au 4 août, sa 22e édition estivale réunit 4 000 athlètes à Sofia, en Bulgarie. Tous amateurs, les 22 Français présents sur place participent à huit des dix-neuf disciplines au programme : cyclisme, judo, karaté, tennis, natation, badminton, athlétisme… et même bowling. Aucun sport collectif, donc, puisque les footballeurs n’ont pas réussi à se qualifier.

Depuis la création en 1918 de la Fédération des sportifs sourds de France, les non-entendants ont longtemps fonctionné de manière autonome dans le mouvement sportif français. En difficulté financière, cette organisation a été contrainte de disparaître en 2008. Les 3 000 licenciés qui la composaient se retrouvent désormais mêlés aux 30 000 membres de la Fédération française handisport (FFH). Un changement de statut difficile à admettre : ” Les sourds ne se sentent pas handicapés. Dans les épreuves sportives, ils peuvent faire jeu égal avec les entendants, ce n’est pas comme s’ils étaient aveugles “, assure Jean-François Labes, lui-même sourd, membre du comité directeur de la FFH.

Les Jeux olympiques en ligne de mire

Affiliés au Comité international des sports des sourds, mais pas au Comité international paralympique, les sportifs sourds du monde entier ne participent pas aux Jeux paralympiques, pas plus qu’aux championnats du monde d’athlétisme handisport, comme ceux organisés à Lyon en juillet.

De toute façon, ils caressent plutôt le rêve de participer aux vrais Jeux olympiques, auxquels ils ont en effet le droit de postuler. Marie Robert, une judokate présente à Sofia, estime que la surdité affecte peu ses performances sur les tatamis : ” En ce qui concerne la pratique en elle-même, ça ne me pose pas de contrainte supplémentaire. Mais il y a une différence : à l’entraînement comme en compétition, je ne peux pas entendre les conseils de mon entourage pendant que je combats. Cela peut devenir parfois un avantage, car je ressens moins la pression. ”

Pour l’heure, il existe encore peu d’exemples de sourds qui aient réussi à basculer des Deaflympics vers les JO traditionnels. Médaillé d’argent olympique sur le 200 m brasse en 2000, à Sydney, le nageur sud-africain Terence Parkin représente un cas à part que tous citent en exemple. L’Américain David Smith a également eu l’honneur de disputer les Jeux de Londres en 2012. Ce sportif de 28 ans évolue d’ailleurs aujourd’hui dans un club français pour entendants, à Tours, l’une des places fortes du volley français.

Ces rares privilégiés ont sans doute observé de nombreuses différences entre lesdites compétitions. ” Par rapport aux Jeux olympiques, et même par rapport à ces Jeux paralympiques qui ne concernent pas les sourds, les Deaflympics ont vraiment une organisation plus modeste, avec moins de présence médiatique et moins de public… “, déplore Jean Minier, directeur technique national du handisport français, qui assiste à la compétition actuelle dans un climat de relative indifférence.

Source : Le monde © 3 Août 2013

 

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