La main des sourds

Sourds-muets, « le plus pénible, c’est le regard des gens »

Alexandre et Florence participaient au festival pour sourds. Ce qui les gêne le plus au quotidien, ce n’est pas de demander le pain au boulanger…

Qu’est-ce qui est le plus pénible au quotidien quand on est sourd ? L’occasion s’offrait de poser la question cette fin de semaine à Reims, devenue capitale internationale de la surdité avec son festival Clin d’œil, spécialement dédié aux personnes porteuses de ce handicap.

« Le plus pénible, c’est le regard des gens », répond Alexandre, 24 ans, festivalier venu des Yvelines (la traduction étant assurée par un « entendant » pratiquant la langue des signes) : « Quand on communique entre nous, par signes, les gens qui ne sont pas informés nous regardent avec curiosité. Celle-ci peut être agréable, accompagnée d’un sourire, mais elle peut être aussi désagréable. »

« Ici, on se sent en sécurité »

« Je ne suis pas trop gênée pour demander une baguette chez le boulanger », ajoute pour sa part Florence, même tranche d’âge, de Boulogne-Billancourt. Il est vrai que cette dernière, contrairement à Alexandre, n’est pas totalement muette. Les quelques bribes de mots qu’elle prononce l’aident à se faire comprendre (même si l’interprète s’avère aussi précieux). « Et puis je pense que je pourrai apprendre au boulanger assez de signes pour qu’il puisse me comprendre quand je reviendrai la prochaine fois. Mais ce qui est plus gênant, poursuit-elle, c’est le comportement des gens quand je dis que je suis sourde : bien souvent, ça les bloque, ils laissent tomber la conversation, certains fuient… »

« Comme un village des sourds »

On comprend dans ces conditions tout l’intérêt qu’ils trouvent à un événement comme le festival rémois qui a réuni des milliers de leurs compagnons d’infortune venus du monde entier ou presque (de l’ordre de 3 000 participants chaque jour selon les organisateurs). Pendant trois jours, ils ont pu assister à toute une série de spectacles, mime, théâtre, projections de films et même concerts. « Nous ne percevons pas la musique par l’oreille mais par les vibrations dans le corps », rappelle David Dekeyzer, le directeur de Clin d’œil.

« Pour moi, ce festival, c’est comme un petit village sourd, reprend Alexandre, on s’y sent à l’aise, en sécurité. » Et il explique que dans la vie quotidienne, quand il se retrouve seul avec son handicap, loin de l’effet de groupe rassurant des journées rémoises par exemple, « on manque de confiance, on sent les obstacles entre les autres et nous… »

À Reims, ils seraient environ un demi-millier dans ce cas.

2 commentaires
  1. PHIRMIS dit

    je suis devenue sourde depuis deux ans et je me suis fait implantée en urgence
    c est dommage que je n ai pas eu cette info a temps ,cela m aurait plu ,d autant qu a la rentree je vais apprendre la langue des signes
    etre informée pour pariciper l annee prochaine SVP

    1. Cricri dit

      Bonjour,
      Le festival est organisé tous les 2 ans.
      Si je peux me permettre : pourquoi avoir été implantée en urgence ?

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