Le Cateau-Cambrésis: des personnels de l’hôpital se forment au langage des signes

Parce qu’elles ont été confrontées, un jour, à un patient sourd, ayant droit comme tout autre patient à des soins adaptés, et qu’elles se sont trouvées «démunies» pour les lui administrer, des membres du personnel du centre hospitalier du Cateau-Cambrésis participent, depuis ce lundi, à une formation au langage des signes. Julie Lefebvre, interprète de son métier, s’emploie à leur apprendre comment entrer en communication avec une personne sourde: pour que de part et d’autre, l’on se rende «compréhensible».

Apprendre à laisser libre cours à ses expressions pour se faire comprendre… Ici, l’une des « élèves », guidée par la formatrice (à gauche).

Tandis qu’elle explique, avec des mots, que « tout est dans le signe », le corps de Julie Lefebvre parle. Ses mains, son visage, s’expriment autant que ses lèvres. L’expression est l’un des « paramètres » propres au langage des signes, en même temps que « la configuration des mains, leur orientation, leur emplacement, leur mouvement et l’expression du visage ». Nous sommes dans une salle de formation au sous-sol du centre hospitalier du Cateau, au premier jour d’une formation qui en comptera trois.

L’idée de Julie Lefebvre, 29 ans, interprète libérale en langue des signes, n’est pas de doter en si peu de temps les sept personnels de santé participant au stage d’un vocabulaire exhaustif – « ça ne les intéresse pas forcément de savoir comment on dit un lion, une pomme… » – mais de les donner des bases. En ce sens, les signes « médecin » et « hôpital » paraissent bien plus opportuns. Outre le lexique cependant, il y a aussi toute une attitude, une manière d’être, à adopter, décrit Julie : par exemple, énormément de choses passent par l’expression du visage donc – « c’est quelque chose dont on n’a pas l’habitude »- et le regard.

Or « les médecins, en consultation, ne regardent pas les gens. Ils sont dans leurs papiers, parlent dans leurs dents… » Et le cursus des facs de médecine n’intègre pas la maîtrise de la langue des signes. Certes, un service départemental regroupe des interprètes pouvant accompagner les personnes lors de leurs rendez-vous médicaux, mais ils sont peu nombreux, ce qui suppose pour le patient de s’adapter à leurs disponibilités. Puis, ce droit n’est pas toujours connu des premiers concernés, affirme Julie Lefebvre…

C’est bien souvent pour avoir déjà été confrontées à « l’angoisse de se faire comprendre » d’un patient, et à la « frustration » qui en découlait, que les infirmières, aides-soignantes, secrétaires… ont voulu se former. Aujourd’hui infirmière au centre d’action médico-sociale précoce, mais hier dans un autre service, lorsque cela lui était arrivé, Maryse Buziau avait fini par « communiquer par écrit ». Et au CAMSP, où elle reçoit « des enfants en difficulté », elle a conscience, parfois, au-delà des petits sourds-muets, « qu’il y a des signes qu’on fait presque intuitivement ». Côté urgences, Auxilia Dubois avait aussi recouru au stylo et au papier au moment de s’occuper de la sortie d’un patient. « Et encore, on a eu de la chance, apparemment, 70 % des sourds ne savent pas écrire ni lire », a-t-elle appris lundi. Marie-Catherine Desse, aide-soignante, se souvient avoir écouté les explications d’une fillette de 12 ans, traduisant les propos de ses parents sourds quant à l’état de santé de leur bébé… «On essaie de trouver des solutions au moment où les situations se présentent, résume Auxilia. On improvise. » D’où son envie d’être formée. Pour pouvoir, au-delà des douleurs physiques, soulager les sourds de la frustration d’être incompris.

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