La main des sourds

« Diabolique », sourde et muette : deux ans ferme

Cinq victimes, des escroqueries en chaîne et près de 280 000 € de préjudice : une Yussoise de 28 ans comparaissait, hier, devant le tribunal correctionnel.

Un prédateur, une manipulatrice, une personne diabolique, une vipère. » Les avocats des victimes n’ont pas manqué d’inspiration pour qualifier la prévenue. Linda Madani, une jeune Yussoise de 28 ans, commence à être bien connue du tribunal correctionnel de Thionville. Toujours pour les mêmes faits d’escroquerie et d’abus de confiance (lire RL du 21 février).
L’histoire se répète et les proies se multiplient. Déjà condamnée trois fois l’an passé, elle comparaissait, hier, dans cinq dossiers différents. Environ 280 000 € de préjudice au total, détournés entre juillet 2010 et mai 2012. Cette fois, son manège devrait s’arrêter de tourner un temps. Elle écope de deux ans de prison ferme auxquels s’ajoutent quatre mois supplémentaires suite à la révocation de sursis, prononcés lors des précédents jugements. La jeune maman a été conduite en détention directement à l’issue de son audience.
Hier, elle a rencontré pour la première fois quatre de ses victimes originaires de Haute-Saône, d’Ile-de-France, des Vosges, du Nord. Magie d’internet. Quatre hommes que Linda Madani ne regardera jamais dans les yeux. Elle s’est contentée de reconnaître les faits et de répondre à toutes les questions du tribunal d’une petite voix claire, avec la mine d’une jolie repentie, un mouchoir à la main. Son addiction au jeu a été plus forte que la raison, argue-t-elle. Elle raconte en effet avoir tout dépensé dans des casinos ou au PMU. « Je me fais soigner depuis un an », murmure-t-elle.
Engrenage
La façon dont elle a floué ces messieurs, sexagénaires naïfs et vulnérables, n’a jamais varié, ou peu. Elle les attire sur un site de rencontre. Use d’une fausse photo. Se prénomme Julia, Lisa ou encore Lila. Une fois la conversation engagée, elle se dit sourde et muette, étudiante en langage des signes. Mais pour passer son diplôme, elle a besoin d’argent. Les victimes s’émeuvent et s’exécutent. Les sommes sont virées sur différents comptes, jamais à son nom, pour mieux brouiller les pistes. L’étudiante promet de rembourser grâce à une bourse d’étude imaginaire. « L’engrenage est enclenché ! », résume le président du tribunal, Eric Lambert. Et les mensonges s’enchaînent à l’envi. La prévenue utilise des faux chèques de banque, trafique sa voix grâce à un appareil spécial afin de se faire passer pour le directeur de l’institut où elle suit ses cours fictifs. L’une de ses victimes, virtuellement sous le charme, lui enverra 164 mandats postaux, 210 000 € en tout.
Enfin, au printemps dernier, alors qu’elle était déjà inquiétée par la justice, elle ira même jusqu’à abuser de la générosité et de la confiance de sa propre amie, 5e victime du lot, pour se loger à l’hôtel et exploser ses factures de téléphone.
« Ces faits illustrent tout le reste », lâche le vice-procureur de la République, Jean-François Tritschler. Le magistrat parle de « ces hommes à qui elle a tout pris. » Des sous mais aussi de la dignité. Le tribunal l’a également condamnée à rembourser les sommes perçues et à réparer les préjudices moraux chiffrés en milliers d’euros. Là encore, cela semble illusoire.

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © 27 Mars 2013 à Thionville

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.