La main des sourds

Le langage des signes enseigné aux animateurs

Nanteuil-lès-Meaux, le 18 février. Thi My Gosselin assure actuellement la formation des dix animateurs du centre de loisirs.dat

Albin agite son poing fermé d’où ne sort que l’auriculaire et questionne des yeux Mickaël : « C’est qui? » Ils dialoguent en silence. Depuis le mois de septembre, les dix animateurs du centre de loisirs de Nanteuil-lès-Meaux apprennent le langage des signes. Ils sont prêts à encadrer des enfants sourds et malentendants, grâce à Thi My Gosselin.

Cette bénévole nanteuillaise a appris seule la langue des signes, il y a huit ans. Elle l’enseigne déjà auprès des enfants du catéchisme et organise les kermesses de la paroisse en langage des signes. « Les sourds sont très isolés et doivent payer cher des interprètes pour leurs démarches, regrette Thi My. Leur handicap est invisible et ignoré. J’accompagne des familles chez le médecin, je les aide beaucoup. »
Les animateurs savent échanger de petits dialogues : grand-mère, poulet aux pâtes et sauce champignon, méchant loup, garder des enfants… Leur « vocabulaire » gestuel est déjà bien étoffé. « C’est un gros travail de mémoire et on s’entraîne entre nous, en dehors du travail. On est amis à l’extérieur », raconte Albin.

Des cours pris pour moitié sur leur temps libre

Quand il demande à Mickaël de lui chercher un café, du pain ou un sandwich, de l’autre côté d’une vitre ou au bout d’un couloir, c’est en langue des signes que les amis communiquent au lieu de crier. Et quand ils parlent les uns des autres en signes, leur prénom est remplacé par geste : Stéphanie est mimée comme souriante, Laurent le sportif comme musclé… « Ça évite de mimer toutes les lettres de nos prénoms à chaque fois », explique Stéphanie, qui espère, l’été prochain, pouvoir échanger avec la voisine de ses vacances, sourde et muette.
L’initiative s’inscrit dans le « projet éducatif sur la tolérance, la mixité, le respect et l’écoute », souligne le directeur du centre, Romuald Testa. L’équipe d’animation apprend à parler de façon hachée et doit se regarder pour comprendre. Elle sait traduire des dialogues de quelques minutes, inventés par Thi My. En signe d’applaudissement, tout le monde secoue les mains en l’air, comme des marionnettes.
Les animateurs suivent ces cours pour moitié sur leur temps libre. Ils sont motivés, appliqués. Leurs yeux expriment l’étonnement, la colère, la surprise, les gestes, moins hésitants, gagnent en précision. « Vous avez bien progressé », félicite Thi My au terme d’une heure et demie de cours. Stéphanie, Albin, Mickaël, Laurent et les autres n’attendent plus maintenant que les premiers enfants sourds.

Pour inscrire un enfant sourd ou malentendant au centre de loisirs, contactez le 01.64.35.09.32.

Source : http://www.leparisien.fr © 6 Mars 2013 à Meaux

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.