En un an et demi, le Pôle pour l’accompagnement à la scolarisation de jeunes sourds a fait ses preuves

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Devant les enfants, Alice Bulthel, met des mots sur les signes de Vincent Cottineau.?

Depuis sa création, le Pôle PASS fonctionne sans interprètes en langue des signes. L’Inspection académique et l’ARS du Limousin se renvoient la balle.

Il s’agit d’une expérience pilote, une des rares de ce type en Limousin. Le pôle pour l’accompagnement et la scolarisation des jeunes sourds (PASS) a été mis en place à Tulle, par l’Inspection académique (*), à la rentrée 2011\2012. Grâce à ce dispositif, les jeunes sourds et malentendants suivent un parcours scolaire en milieu ordinaire, entre l’école primaire Turgot, le collège Clemenceau et le lycée Edmond-Perrier. À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées qui a eu lieu mercredi, les acteurs de ce dispositif novateur ont pu tirer un premier bilan.
Deux langues égales

Dans une classe de maternelle de l’école Turgot, le regard attentif, neuf enfants de maternelle sont plongés dans un conte de Grimm Le Loup et les sept Chevreaux, contée par un duo aussi complice que passionné. Alice Bulthel, médiatrice pédagogique met des mots sur les signes de Vincent Cottineau, enseignant en langue de signes (LSF). Parmi les têtes blondes sagement assises, un enfant sourd suit l’histoire et participe au jeu de questions-réponses.

Cela fait deux ans que l’école Turgot est un des piliers du Pôle PASS corrézien. Elle accueille actuellement six enfants sourds, quatre en élémentaire (bientôt un cinquième) et deux en maternelle.

« Les enfants sourds sont intégrés dans leurs classes, explique Alice Bulthel. Vincent Cottineau et moi-même intervenons sur place. Je fais toutes les adaptations pédagogiques, tandis qu’il donne des cours de langue de signes. Pour les enfants sourds c’est une façon d’accéder aux mêmes savoirs que les autres. Pour les autres, c’est une manière d’apprendre à communiquer avec leurs camarades sourds et d’accepter la différence. On a même eu le cas d’un enfant en petite section qui a appris à « signer » avant d’apprendre à parler » se félicite la médiatrice pédagogique en langue de signes (LSF).
Un problème à régler

À l’école Turgot, les élèves entendants en élémentaire n’ont pas de cours de langue de signes, pour l’instant. Mais, cette année, une sensibilisation à la surdité est prévue en CM2. Par ailleurs, pour la fête de fin d’année, plusieurs comptines en bilingue (le français et la langue de signes française) seront préparées. « Un groupe va chanter, un autre va signer », détaille Alice Bulthel.

Un an et demi après sa création, le bilan du Pôle PASS à l’école Turgot est très positif. « L’an dernier, on a accueilli quatre élèves dont deux sont actuellement en CP. Ils ont une scolarité normale. Ils ne sont pas du tout en échec scolaire. Au contraire, ils sont devenus les éléments moteurs de leurs classes » constate la médiatrice pédagogique.

Une seule ombre au tableau. Le Pôle PASS a été créé sans que tous les moyens humains nécessaires soient mis en place. Ainsi, il ne dispose toujours pas d’interprètes en langue de signes, pouvant traduire aux enfants sourds des cours de géographie, d’histoire ou de mathématiques. « Il y a deux enfants qui ne sont pas venus à Tulle pour ces raisons-là » insiste, Vincent Cottineau.

Dans la configuration actuelle du Pôle, l’Éducation nationale finance les postes de la médiatrice pédagogique et de l’enseignant de langue de signes. Mais, de son côté, l’Agence régionale de santé (ARS) Limousin refuse de financer les postes d’interprètes. « Ça nous pose beaucoup de soucis », regrette Vincent Cottineau. Une solution provisoire est actuellement recherchée du côté de la Maison départementale des personnes handicapées. Par ailleurs, le maire de Tulle et conseiller à l’Élysée, Bernard Combes a également été saisi du problème.

Un an et demi après sa création, le Pôle PASS a montré son utilité. Maintenant, il faut tout simplement lui donner des moyens pour assurer sa pérennité.

(*) Cette création a été rendue possible grâce à un travail multipartenarial entre l’IA, les PEP 19, l’APAJH, la Maison départementale des personnes handicapées, l’association des parents des enfants sourds, la mairie, le conseil général et l’URAPEDA Auvergne-Limousin.

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