La main des sourds

Koita, sourd épanoui

Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), samedi. Issa Koita.

Issa Koita (22 ans), sourd de naissance, a la particularité de disputer deux rencontres chaque week-end depuis l’âge de 16 ans. Samedi, avec l’équipe de sourds d’Argenteuil (D1 nationale), il a été le principal artisan (2 buts, 2 passes décisives) de la victoire à Champs-sur-Marne (0-8). Hier, avec ses partenaires « valides » de la réserve des Gobelins (Excellence), il a obtenu le nul à Choisy (3-3).
« Jouer avec les sourds ou les entendants (sic) me procure des sensations différentes et c’est un équilibre indispensable à mon épanouissement, explique l’attaquant d’origine malienne. C’est un peu dur physiquement mais j’ai pris l’habitude. » Issa a tapé ses premiers ballons dans le sillage de son frère Sidi (actuel défenseur des Lilas, DH) en bas de chez lui ou dans un gymnase. La peur du regard des autres l’empêchera longtemps de s’inscrire dans un club. Il signe sa première licence à Ivry à 11 ans grâce à ses amis et sa famille, qui l’ont « incité à franchir le pas ».

Déjà 5 buts cette saison avec les « entendants »

C’est à l’ESS Vitry, le plus gros club français, qu’il découvre à 16 ans le football dédié aux sourds. Le passage d’une équipe à l’autre se fait aujourd’hui naturellement. « Je joue systématiquement avec mon appareil auditif chez les valides, chose que je ne fais pas quand je joue avec les sourds, indique Koita. La communication avec mon coach ou mes partenaires se fait avec des signes, des mimes et de la parole. »

Aux Gobelins, il forme même un duo d’attaque performant avec Nicolas Ducteil. « On oublie qu’il est sourd et muet, souligne son compère de la ligne offensive. On répète les mêmes gestes à l’entraînement afin de trouver des automatismes et ça marche (Koita a marqué 5 buts cette saison). Je connais même la base du langage des signes! »

Depuis deux ans, Issa Koita évolue aussi en équipe de France (14 sélections). Il a participé avec les Bleus à la dernière Coupe du monde disputée en Turquie en juillet (défaite en quart de finale face à la Russie). « C’est une grande joie de pouvoir représenter son pays, s’enthousiasme ce titulaire d’un bac pro (électrotechnique) qui travaille avec son frère dans un magasin de tissus africains à Alfortville. Mais je suis conscient que c’est un privilège lié à ma surdité. »

Source : http://www.leparisien.fr © 3 Décembre 2012 à Paris

 

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