Pour Alain, 56 ans, sourd et sans emploi, « plus le temps passe et plus c’est dur »

Pendant 30 ans, Alain Delenclos a travaillé aux APO d’Outreau, devenues la SFPO puis la Comilog. Quand l’usine a fermé ses portes, fin 2003, il s’est retrouvé sur le carreau. Après quelques contrats aidés, il se retrouve de nouveau au chômage. Avec un double handicap : son âge et sa surdité. L’Outrelois lance aujourd’hui un appel à l’aide.

Alain espère décrocher un dernier contrat avant de prendre sa retraite.

« J’ai commencé à travailler le jour de mes 16 ans. » Alain Delenclos s’en souvient comme si c’était hier. Il avait été embauché comme manoeuvre dans une entreprise de Capécure. « On livrait des palettes aux magasins de marée. » Deux ans plus tard, le jour de son 18e anniversaire, il entre aux APO. « J’ai commencé comme manoeuvre, j’ai fini comme responsable d’un atelier de conditionnement. » Il restera 30 ans dans la même usine, qui prendra le nom de SFPO puis de Comilog. Un boulot très physique, qui laissera des traces : « J’ai de l’arthrose, je ne peux pas rester longtemps debout ». Mais Alain, « nostalgique », a gardé de nombreux bons souvenirs de cette époque. Dans son appartement sont exposés son casque, sa carte de pointage, des photos, sa médaille d’honneur du travail…

Cinq ans auxespaces verts
En décembre 2003, la Comilog ferme ses portes. « Après six mois en cellule de reconversion, je me suis retrouvé chez Pôle Emploi », se souvient le quinquagénaire. Il finit par décrocher un contrat d’avenir aux espaces verts, à Outreau. Il y travaillera au total cinq ans, avec des périodes de galère. « J’ai écrit à Dominique Dupilet, à Frédéric Cuvillier, à Jean-Claude Étienne… Ils sont intervenus pour m’aider. » En avril dernier, le contrat d’Alain est arrivé à son terme. Depuis, il continue de frapper à toutes les portes. « Je suis polyvalent. Aux espaces verts, j’ai été maçon, bûcheron, tondeur… Il me reste à peine une dizaine de trimestres à cotiser, je voudrais un dernier contrat pour terminer ma carrière. » Il y a quelques semaines, l’Outrelois s’est rendu au Forum de l’emploi, à Boulogne. « C’est tout juste si on ne m’a pas ri au nez quand j’ai déposé mon CV », raconte-t-il, écoeuré. Parce que j’ai 56 ans, que je suis handicapé … » Alain Delenclos est sourd à 80 %. Une surdité héréditaire et évolutive. « Mais dans mon travail, ça ne m’a jamais gêné. J’ai toujours réussi à communiquer. Je peux lire sur les lèvres. » « Alain est travailleur, courageux », confie sa femme, Christine. Il n’a pas de voiture, mais se déplace en scooter. « Je veux bien aller travailler à Boulogne, au Portel… » En juin prochain, arrivé en fin de droits, il ne percevra plus d’allocations chômage. « Comment ça se passera alors ? Je sais que je ne suis pas tout seul ; des chômeurs, il y en a des millions. Les contrats d’avenir sont réservés aux moins de 25 ans et nous, on reste sur le carreau.
J’aimerais juste que l’on me tende une perche… » Pour s’occuper, Alain bricole, fabrique des personnages pour décorer son immeuble, s’occupe de sa parcelle de jardin ouvrier avec Christine, elle aussi au chômage. « Les journées sont longues, je fais tout pour me changer les idées. Plus le temps passe, plus c’est dur. Je m’accroche et je garde une petite lueur d’espoir, mais elle pâlit… »

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 5 Décembre 2012 à Boulogne sur mer

 

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