La main des sourds

Futur aide-soignant, Jean-Noël a dépassé sa surdité

Il aurait pu ne jamais devenir aide-soignant. Il faut dire que dans sa famille, à Erbray, près de Châteaubriant, on est boucher de père en fils. Logiquement, Jean-Noël Courtigné aurait dû suivre la voie qu’on lui avait tracée, mais lui en avait décidé autrement.Comme beaucoup d’enfants, il jouait au médecin. Mais à la différence de ceux qui ont bifurqué, lui n’a jamais dévié. « Mes parents n’étaient pas d’accord. Ils disaient que les études seraient trop longues et trop coûteuses. » Et puis, Jean-Noël est né, voilà 22 ans, avec un lourd handicap : « Je suis sourd, mais pas muet, insiste le jeune homme. Je peux m’exprimer avec les autres, soit par l’écrit soit avec les gestes. »
Malgré le diktat parental, le garçon continue d’y croire. Au collège, il découvre le métier d’aide-soignant : « J’ai aimé la dimension humaine et le fait de pouvoir rendre service », explique-t-il. Le déclic se produit le jour où il rencontre une personne sourde, comme lui, qui lui dit qu’être sourd et infirmier ou aide-soignant, c’est possible. Fini la boucherie paternelle, Jean-Noël fonce pour aider ceux qui en ont besoin.
Deux “interfaces” pour communiquer
Le métier, c’est à Ancenis, à l’Institut de formation des aides-soignants, structure rattachée au lycée Saint-Thomas-d’Aquin, qu’il va l’apprendre. Depuis dix mois, au milieu des autres étudiants, Jean-Noël Courtigné alterne la théorie et la pratique, entre les huit modules à valider et les six stages à effectuer. Pour l’aider, comme les cours ne sont pas adaptés à son handicap, il est suivi en permanence par deux “interfaces”, Amandine et Sandrine, qui se relaient pour traduire en langue des signes ce qu’il ne peut entendre. Résultat : « Ça s’est très bien passé, j’ai été intégré tout de suite  », assure Jean-Noël sous le regard approbateur du directeur de l’Ifas Michel Joubard : « Au début, on a eu une petite appréhension, surtout pour les stages. Mais Jean-Noël nous a prouvé que c’était possible, voire facile. Quant aux interfaces, elles ont trouvé leur place tout en restant discrètes afin de ne pas gêner les cours. » Même constat pour les stages : que ce soit à Nantes, dans une maison de retraite ou un service de psychiatrie, à Châteaubriant, en chirurgie viscérale à l’hôpital ou en soins à domicile, ou bien encore au service de médecine de l’hôpital d’Ancenis, l’apprenti aide-soignant a su se faire accepter et apprécier.
Et sauf surprise, ce sera encore le cas à la clinique Brétéché, à Nantes, où il achèvera sa formation dans un service spécialisé dans la prise en charge de la douleur.
Embauché en CDI
Toutes ces expériences « différentes et enrichissantes » ont conforté Jean-Noël dans son choix pour la psychiatrie. « Avec les patients qui souffrent de dépression ou de troubles alimentaires, j’ai vraiment l’impression d’être utile », déclare-t-il. Michel Joubard confirme : « Sa présence et le fait que Jean-Noël soit sourd permettraient à certains d’entre-eux de relativiser et d’être moins centrés sur eux-mêmes. »
Considéré comme un « bon professionnel » malgré son handicap, Jean-Noël Courtigné est déjà assuré d’être certifié. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il a appris, voilà quelques jours, qu’il sera embauché en CDI dans une maison de retraite à Rezé. Le 11 juillet, soit deux jours avant l’affichage des résultats du diplôme d’Etat d’aide-soignant, sa carrière commencera. Comment la voit-il ? « Je suis jeune et j’ai envie de découvrir d’autres expériences. Je n’aime pas la routine », sourit le jeune homme qui, aujourd’hui, fait la fierté de ses parents et de sa famille.

1 commentaire
  1. sylvie dit

    C’est bien,je connais une femme sourde profonde qui a été aide-soignante pendant 40 ans (jusqu’à la retraite) qui a travaillé dans un énorme hôpital régional,elle a reçu une médaille d’honneur,ce n’est pas le premier aide-soignant sourd!!!

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