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Être sourd empêche-t-il d’être manoeuvre maçon ?

Apte pour un apprentissage en maçonnerie, Fernand, 20 ans, est déclaré inapte deux ans plus tard par la médecine du travail, pour un contrat d’intérim. Sa mère témoigne.

Témoignage

« Je suis très en colère. Ce qui arrive à mon fils s’appelle de la discrimination. C’est déjà compliqué d’avoir un enfant en situation de handicap, mais si en plus, on nous met des bâtons dans les roues, cela devient impossible. Et difficile à vivre pour Fernand. »

Blandine, de Monnières, dans le vignoble nantais, ne comprend pas. Avec Emmanuel, son mari, ils sont parents de deux enfants, Clémence, 17 ans, et Fernand, 20 ans. Tous deux sont sourds, mais Fernand a, de plus, un autre handicap puisqu’il ne sait presque pas lire ni écrire. Toute sa scolarité a été difficile, au bord de l’illettrisme, au contraire de sa soeur qui n’a « que » sa surdité comme handicap.

« Pourtant, malgré ses difficultés, Fernand a fini par trouver, voici deux ans, un apprentissage en maçonnerie, ce qu’il désirait, chez un entrepreneur de Gorges », explique Blandine. Là, il a rendu visite à un médecin du travail du bâtiment. Celui-ci lui a signé son certificat d’aptitude et Fernand a pu intégrer le centre de formation des apprentis de Saint-Herblain pour un CAP en alternance en deux ans.

« Cela a été très difficile, notamment pour la partie théorique, se souvient sa mère. Il nous a même fallu rassurer les enseignants qui prévoyaient déjà l’échec à l’examen final. Nous connaissions l’issue, mais ce qui nous rassurait c’est qu’il aurait le niveau à défaut de diplôme. Peut-être suffisant pour décrocher une place de manoeuvre. »

Alors, même si Fernand quitte son patron à l’issue de son apprentissage, sans l’examen comme envisagé, l’espoir demeure. Blandine fait appel à une agence d’intérim (Adia) qui ne tarde pas à proposer un contrat d’une semaine dans une entreprise de travaux publics de Gorges. « Nous étions vraiment contents d’avoir une possibilité, même courte, que notre garçon continue à exercer, surtout aussi vite », continue Blandine.

À la signature du contrat, on lui signale que Fernand doit passer une visite médicale. C’est obligatoire même pour un contrat court. Et là, patatras ! Le médecin du travail le déclare inapte aux emplois de manoeuvre maçon sur chantier de travaux publics, en raison de sa surdité.

« Un manque de courage »

Il précise néanmoins à Blandine qu’elle peut demander une nouvelle visite à un médecin du bâtiment« Je ne comprends pas cette médecine à deux vitesses et je déplore la frilosité et le manque de courage pour assumer ses responsabilités de certains docteurs. Car même si Fernand ne peut envisager de mener des chantiers, il est fort et en bonne santé. Il peut très bien être utile comme manoeuvre dans une équipe. »

Conséquence immédiate, l’embauche est annulée. Alors, même si le médecin du bâtiment revenait sur son aptitude, « il nous faudra sûrement encore du temps pour trouver à nouveau un chef d’entreprise qui lui fasse confiance. C’est décourageant», conclut une mère désabusée.

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9 commentaires

  1. C’est à Nantes….Je suis Nantaise..Encore un blocage car ça fait même pas longtemps que Nous, moi et quelques sourds, étant aptes à une formation conçue pour les adultes handicapés. Mais cette formation refuse de nous recevoir faute des frais des interprètes…Bon courage a vous ainsi à vos enfants.

  2. encore la faute du gouvernement
    avant c t la droite maintenant la gauche caviar
    je suis dans le social je suis aussi ecoeuré dans un esat vu comme ils traite les personnes aussi

  3. C’est une discrimination raciale,être maçon catégorie ouvrière n’empêche pas tout sourd même illettré à exercer ce métier manuel,et le travail en équipe permet aussi de faciliter les choses…ce médecin est tout simplement INCOMPÉTENT,il ne connaît rien à la surdité!…il y a des sourds qui font des métiers bien plus dangereux et difficiles que ça!

  4. @sylvie : Ce n’est pas de la “discrimination raciale” … un sourd fait partis quand même de la race humaine :/
    C’est de la “discrimination” tout court et en minimisant un peu, une “banale” grosse erreur de jugement (peut être était il pressé d’aller au golf), voir si elle n’a pas été motivée par le désir de l’employeur de ne pas travailler avec une personne atteinte de surdité.

    Il n’est pas moins productif de travailler avec ce genre d’handicap, au contraire, mais nécessite l’adaptation des procédures de sécurité et de mobiliser la solidarité des employés pour désigner un ou plusieurs responsables en charge d’assurer une sécurité et surveillance renforcée sur le lieu de travail pour ces personnes.
    Ca ne demande que des ressources humaines, il est très facile d’avoir des yeux, des oreilles et de la voix pour deux, pour trois … il suffit juste de ne pas être un “sale connard égocentrique” comme on en rencontre trop souvent tant coté employés, qu’employeur tout domaines confondus.

    1. oui mais je trouve que c’est exagèré quand même!!!…avant,tous les sourds pouvaient faire tous les métiers manuels et maintenant,pour “une question de sécurité”,on ne peut plus faire…il y a 70 ans,il y avait des maçons manoeuvres sourds,des menuisiers,charpentiers,des poseurs de rails….etc …je trouve ça abusif….et bientôt ,on ne pourra plus travailler parce qu’il y a un prétexte, la surdité,et l’absence de l’implant cochléaire…où irions nous donc finalement?…même chez les entendants,ça commence à faire cela!.ce n’est plus possible de mettre des bâtons sur les roues aux sourds pour vivre,c’est déjà assez difficile comme ça!…

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