La main des sourds

Les personnes sourdes obtiennent des services de santé dans leur langue

Lyse Noiseux explique, à l'aide d'un traducteur, comment l'arrivée d'intervenants formés en LSQ améliorera la vie des personnes sourdes en situation de crise.

Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Laval offre désormais les services de travailleurs sociaux et d‘éducateurs spécialisés qui parlent la langue des signes québécoise (LSQ), une avancée majeure pour les quelque 9000 Lavallois vivants avec une surdité.

Pendant 10 ans, Lyne Noiseux en a vu de toutes les couleurs. L’adjointe administrative de l’Association des personnes vivant avec une surdité de Laval (APVSL) a souvent dû se transformer en psychologue pour la communauté sourde.

Peine d’amour, violence conjugale, alcoolisme, idées suicidaires… les cas lourds défilent à son bureau à un rythme essoufflant.

«J’ai déjà reçu dans mon bureau une femme en crise qui voulait se faire avorter, indique celle qui vit elle-même avec une surdité. Je n’avais rien contre le fait de l’aider, mais je sortais de mon rôle. Je n’avais aucune formation pour ça.»

Jusqu’à tout récemment, les personnes sourdes qui vivaient ce genre de problème devaient avoir recours à un interprète pour rencontrer un travailleur social au CLSC, ce qui en rebutait plus d’un.

«Les gens aiment moins ça parce que ce n’est pas fluide, indique Mme Noiseux. Il y a aussi l’aspect culturel qui entre en ligne de compte. Un Africain qui arrive au pays va nécessairement rechercher des gens de sa culture. C’est la même chose pour nous.»

Culture sourde

Pour les personnes vivant avec une surdité, il est important d’être en contact avec des gens qui comprennent leur «culture» surtout lors d’une crise, souligne Martine Patry, directrice des services professionnels et de réadaptation à l’Institut Raymond-Dewar (IRD) de Montréal.

Ce sont des professionnels de ce centre de réadaptation spécialisé en surdité et en communication qui viendront travailler à Laval, à la suite d’une entente entre l’IRD et le CSSS.

«C’est même plus qu’une question de culture, indique Mme Patry. C’est une question de respect de la personne. La clientèle sourde vit beaucoup d’échecs de communication. C’est lourd à porter. Lorsque les gens en rencontrent d’autres qui connaissent leur langue et leur culture, c’est un soulagement.»

Porte d’entrée

L’ajout d’intervenants qui s’expriment en LSQ offrira une porte d’entrée dans le réseau de la santé pour la clientèle vivant avec une déficience auditive.

Une fois que la personne aura été prise en charge, elle sera dirigée vers les ressources appropriées au besoin. Un traducteur pourrait être nécessaire à ce moment, par contre.

«Ça permettra de faire connaître les services offerts à la population, note Martine Patry. Notre personnel a une connaissance du réseau de la santé et de son fonctionnement. C’est parfois difficile de s’y retrouver pour une personne normale, alors imaginez ce que c’est pour une personne sourde.»

Les services d’intervention de première ligne en LSQ sont disponibles dès maintenant, les lundis, mercredis et vendredis, au CLSC Le Marigot.

Source : http://www.hebdosregionaux.ca © 24 Mai 2012 à Laval (Canada)

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