La main des sourds

Grenoble : les faux sourds énervent les vrais

Vous les avez déjà croisés dans le centre-ville de Grenoble : des sourds, qui n’en sont pas, font signer des pétitions et collectent de l’argent à des fins frauduleuses. Les vrais sourds en ont franchement marre.

Grégory, Brigitte et Aurélie, deux sourds et une entendante, dénonçaient les pratiques frauduleuses des faux sourds.

“Des groupes de mineurs qui se font passer pour des sourds-muets, qui collectent au nom d’associations qui sont de faux noms”. Le texte du tract, distribué aux alentours de la place Grenette samedi dernier, est assez clair. Le phénomène décrit est bien connu. Et répété partout en France. Evidemment, les fraudeurs ont les oreilles qui sifflent. Nicolas, ancien étudiant grenoblois aujourd’hui à Paris, les a une fois confrontés en langue des signes française. Verdict sans appel : “Ils n’ont rien compris”. “On utilise ce handicap pour soutirer de l’argent alors que les sourds ont du mal à faire connaître leur cause”, explique-t-il.

“Ni pitié ni compassion”
C’est le cas à Grenoble, notamment. Dans les locaux de l’ASG-38 (Association des sourds de Grenoble), nous rencontrons Grégory Cadet, Aurélie Pelé, tous deux sourds, et Brigitte Maillet. Ils en ont ras la casquette de l’entourloupe : “A travers cette arnaque, c’est toute la représentation de la communauté des sourds qui souffre. Les sourds ne mendient pas, ne font pas la manche. Or là, on est mis dans le même sac. Mais nous, on ne demande rien, ni pitié ni compassion, on vit comme les entendants !” En deux mots, le raccourci sourd = resquilleur énerve en particulier les intéressés. “Ils ont trouvé ces logos d’associations et les utilisent sans autorisation. Et c’est très compliqué d’intenter une action contre ces personnes. La plupart du temps, il s’agit de mineurs”. Avec les limites que cela implique.

De fait, les solutions sont plutôt rares pour intervenir. “Un jour, une vraie sourde a eu l’idée d’écrire un message de mise en garde sur la pétition”. Sinon, “le mieux, c’est encore de prévenir le plus largement la population avec vous, les médias”. Samedi, les vrais sourds ont aussi organisé cette distribution de tracts au centre-ville de Grenoble. Suffisant pour faire entendre leur voix ? A voir…

—-Une escroquerie qui se déplace—-
Olivier Noblecourt, adjoint grenoblois en charge de l’Action sociale, réagissait : “Malheureusement, on est régulièrement confronté à ce type d’escroquerie en tout point scandaleuse et qui jette le discrédit sur ces personnes concernées par un handicap. Dans ces cas-là, on alerte nos réseaux, dans les équipements et par voie de presse, en diffusant des notices pour indiquer quels sont les vrais interlocuteurs. Je vais demander aux services de se mettre en contact avec les associations. La difficulté est qu’il s’agit d’un type d’escroquerie qui se déplace…”

Source : http://www.citylocalnews.com © 14 Mai 2012 à Grenoble

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