La main des sourds

Sourd, Antoine s’y entend comme un chef en pâtisserie

Antoine Hervé exprime son talent dans le laboratoire de l’Epi de Blais à Buxerolles.

Malgré son handicap, Antoine Hervé, 16 ans, s’épanouit en préparant un CAP de pâtissier en alternance au CFA de Chantejeau et à l’Epi de Blais à Buxerolles.

Juste avant un oral d’histoire-géo, il paraît serein. « J’étais un peu stressé à la rentrée mais maintenant, ça va mieux », fait-il comprendre, encore sous le coup d’une poussée de fièvre la veille.
Dans la foulée d’une scolarité en SEGPA (1) au collège, c’est au Campus des Métiers du CFA de Chantejeau à Saint-Benoît qu’Antoine Hervé effectue sa première année de CAP pâtissier. Cet ado de 16 ans n’est pas un élève tout à fait comme les autres : il est sourd.

“ Il a tout de suite senti que c’était le métier qu’il voulait faire ”

En charge de son accompagnement durant les cours « qu’il ne peut pas suivre seul », Isabelle Berton, conseillère au SAFI (2) à l’Institution Régionale des Jeunes Sourds (IRJS) de Poitiers, précise : « Après deux stages, Antoine a tout de suite senti que c’était le métier qu’il voulait faire. Il a intégré le CFA en septembre après avoir été embauché en contrat d’apprentissage par l’Epi de Blais à Buxerolles en août. »
Dans cette boulangerie – pâtisserie à deux pas du stade de la Pépinière, Antoine trouve un terrain d’expression favorable à sa formation. « Avec M. Martin, le chef pâtissier, le contact passe bien (lire encadré) », opine l’intéressé, comme un poisson dans l’eau dans le laboratoire.

Il suit le programme à un rythme adapté

Isabelle Berton indique que « l’endroit a été aménagé avec une adaptation des plans de travail pour qu’Antoine puisse visualiser directement. En pratique, il développe déjà de solides compétences. Il aime la précision, la propreté, le travail soigné ». Antoine :« J’aime travailler avec mes mains tout ce qui tourne autour du sucre ou du chocolat, réfléchir, imaginer des créations que je réalise ensuite techniquement ». Et qu’il se fait une légitime fierté de montrer.
Jamais rassasié, il cultive encore sa passion dans un mini-atelier installé au domicile familial et fait profiter ses parents et ses deux sœurs de ses pâtisseries !
Des efforts, il en consent également sur les bancs de l’école. « Antoine, il faut lui parler en face car il a une lecture labiale, explique Isabelle Berton. Il oralise peu et communique essentiellement en langue des signes et par SMS. En relation avec les enseignants du CFA, il suit le même programme que ses camarades à un rythme adapté. En plus, il bénéficie de deux heures de soutien et d’une heure d’orthophonie à l’IRJS. »

Ski, tennis, quad…

Pour voler, à terme, de ses propres ailes ? Antoine : « Pour l’instant, mon niveau scolaire n’est pas en adéquation avec mon niveau pratique. »
Et dans l’immédiat, ses préoccupations sont aussi celles d’un jeune homme ancré dans son époque, le smartphone à portée de main pour échanger. « J’adore skier, jouer au tennis, les sports mécaniques, le quad… », énumère-t-il. « Vous voyez, il a un emploi du temps chargé », sourit Isabelle Berton.

(1) Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté. (2) Service d’Accompagnement Formation Insertion.

repères

” C’est comme un petit frère pour nous “

Benoît Martin, chef pâtissier à l’Epi de Blais à Buxerolles, guide Antoine Hervé dans ses élans créatifs. Et ne tarit pas d’éloges sur son protégé. « Je suis vraiment content de lui avoir donné sa chance… Avec Antoine, il y a zéro problème. Il est tellement volontaire, a une telle soif d’apprendre que je suis même obligé de le freiner. En contrepartie de son handicap, il a un sens de l’observation extraordinaire. Comme on est une dizaine dans le laboratoire, je craignais pour communiquer. Finalement, c’est un apprenti comme les autres, respecté par tout le monde. Il fait quasiment le boulot d’un ouvrier, c’est exceptionnel. Quand il est là, c’est comme un petit frère pour nous. »

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Pour Camille, c’est l’option coiffure

Le Campus des Métiers compte également dans ses rangs Camille Sourisseau, une jeune sourde de 17 ans, élève en première année de CAP coiffure. Décidée à en faire son métier, Camille peaufine son apprentissage au salon de Caroline Rinçant. Elle réalise shampoings, couleurs, brushings, coupes pour enfants et accueille les clients avec lesquels elle parvient à avoir quelques échanges. Pour sa patronne, « Camille a des doigts en or. » Sa principale difficulté, c’est qu’elle ne peut pas prendre les rendez-vous au téléphone. Comme Antoine, elle bénéficie de deux heures de soutien pour travailler individuellement les matières les plus difficiles et le vocabulaire.

Source : http://www.lanouvellerepublique.fr © 22 Avril 2012 à Poitiers

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