La main des sourds

Patrice Gicquel, écrivain, sourd et passionné de cyclisme

Une furieuse envie de s’exprimer, de se dépasser. Après cinq livres publiés et vingt ans de vélo derrière lui, Patrice Gicquel ne compte pas s’en arrêter là. Ce jeune père de famille chavagnais, sourd de naissance, souhaite « devenir un modèle pour d’autres petits sourds de Bretagne ».

Né en 1968 dans une famille sourde, Patrice Gicquel a l’opportunité d’entrer dans une école de sourds réputée, à Fougères. « Mais à ce moment-là, la langue des signes était interdite ! Je n’ai pu l’apprendre qu’en sortant de l’école », raconte le Chavagnais, qui s’exprime aujourd’hui parfaitement grâce à la LSF (Langue des Signes Française). La prochaine épreuve du jeune sourd sera son passage au lycée, où il suit des cours parmi les « entendants ». « On me disait l’informatique, la gestion, c’est l’avenir ! J’y suis donc allé pour décrocher un baccalauréat de gestion. J’ai beaucoup souffert, je n’avais pas d’interprète, pas de soutien, se rappelle-t-il. Si j’étais né aujourd’hui, j’aurais pu devenir universitaire ! Mais à mon époque, c’était plus dur. »

Un premier livre sur le cyclisme

Le bac en poche, le jeune Gicquel ne chôme pas. Entré dans l’administration, il s’implique en parallèle dans des associations sportives, culturelles, et même journalistiques. « C’est là que j’ai eu la révélation ! J’adorais le vélo et je me suis dit qu’il n’y avait aucun livre sur les cyclistes sourds. Je me suis alors plongé dans l’écriture. »

Grand amateur de lecture et d’échanges épistolaires depuis son enfance, Patrice choisit d’y croire et s’attable dans son salon pour écrire les premières lignes de son ouvrage. « Ma femme, sourde aussi, m’a toujours beaucoup soutenu. C’est ma première lectrice. C’est important dans ces moments-là, j’ai été refusé par une douzaine de maisons d’éditions », souligne-t-il. Finalement l’auteur parvient à signer sa première publication chez l’Harmattan« Pour vendre les premiers ouvrages, ça n’a pas été simple. J’ai fait moi-même du mailing. Puis, j’ai créé mon site qui a vite été connu de la communauté sourde. » La persévérance de l’écrivain finit par porter ses fruits.

Un style imagé

Entre ses séances de triathlon, Patrice Gicquel ne s’arrête plus d’écrire. « Dès que j’ai une idée, j’ai envie de la partager. » Son style ? « Épure et imagé »« Les sourds sont très visuels. Et beaucoup souffrent encore d’illettrisme. Les illustrations sont donc très présentes dans mes ouvrages. » Il s’attaque successivement à la biographie, aux histoires courtes, au roman et au livre d’histoire. « J’écris beaucoup de livres différents pour montrer que même en tant que sourd, on peut avoir accès à de nombreux domaines. Beaucoup d’entendants achètent aussi mes livres, très ludiques. »

Aujourd’hui certain d’avoir « trouvé sa voie », Patrice espère pouvoir « créer des ponts entre sourds et entendants » grâce à ses livres. « La découverte du monde des sourds est aujourd’hui en plein essor, constate-t-il. Mais beaucoup de gens ne font encore aucun effort. L’idéal serait bien sûr de créer des classes bilingues en LSF. »

En attendant, l’écrivain compte encore apporter une nouvelle pierre à son projet : une bande dessinée.

Il était une fois… Les sourds français, aux éditions BOD, 208 pages, 22 €.Livres en vente sur le site www.patricegicquel.fr

Source : http://www.ouest-france.fr © 19 Avril 2012 à Chavagne

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