La main des sourds

Elles slament en langue des signes

Djenebou Bathily, slameuse sourde, et Ella Dilafé, slameuse entendante, en répétition à la maison des Métallos à Paris.

La Maison des métallos offre un spectacle de slam détonant en langue des signes, “Slam & Signes”, jusqu’au 17 mars. Rencontre d’un tandem artistique.

Une salle comble, deux femmes et le silence des signes. Le spectacle “Slam & Signes” se produit jusqu’au 17 mars à la Maison des métallos à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, se clôturant samedi soir sur une scène ouverte. Introduite en langue des signes par Djenebou Bathily, slameuse malentendante, la représentation plonge d’emblée le public profane dans une incompréhension grisante et témoigne de la force de ce langage. Ella Dilafé, fondatrice de la compagnie Slam&Cie, apparaît à son tour sur la scène épurée. L’une articule les textes d’une voix imposante, inspirés des 10 mots de l’intime associés à la Semaine de la langue française, l’autre les traduit de sa gestuelle expressive. L’ambiance est décontractée, les textes humoristiques. Une heure d’une expérience à la frontière du théâtre s’achemine vers une improvisation à partir des mots choisis par l’auditoire. Après quatre minutes de surchauffe intellectuelle, le tandem féminin entreprend la tâche épineuse de trouver une cohérence entre “réminiscence” et “parapluie”. Sans trébucher, bien sûr.

“J’ai appris les rudiments du langage des signes spécialement pour Slam & Signes”, raconte Ella Dilafé, fascinée depuis l’enfance par ce mode d’expression. Une large proportion de l’équipe technique étant malentendante, elle a fait l’expérience inversée du handicap pendant la préparation du spectacle où elle était baignée dans l’incompréhension. “Nous avons fait appel à des interprètes pour communiquer sur certaines subtilités. Pour le reste, nous nous sommes débrouillés avec l’écrit”, poursuit-elle. Les deux artistes se sont rencontrées deux ans plus tôt, déjà à l’occasion de la Semaine de la langue française où Ella Dilafé développait un projet avec le metteur en scène malentendant Laurent Valo. Pour cette nouvelle édition, le thème “Dis-moi dix mots qui te racontent” se prêtait parfaitement à cet art de déclamer avec rythme. “L’idée est de donner envie aux gens de s’exprimer, de partager”, lance la fondatrice de Slam&Cie. Djenebou évoque de son côté l’ironie du spectacle. “On raconte des choses parfois douloureuses sous le prisme du comique”, précise-t-elle à l’aide de son interprète. En témoigne le texte hilarant sur les transports, une description bien sentie sur les effluves nauséabondes dans les rames bondées du métro.

L’usage des deux langues dégage une émotion étonnante d’un spectacle où le silence résonne. Dans le public aussi, les deux univers se mélangent. Les “entendants” découvrent – à l’aide d’un écran – le signe associé à chacun des dix mots : “âme”, “autrement”, “caractère”, “chez”, “confier”, “histoire”, “naturel”, “penchant”, “songe”, “transports”. Offrir un lieu de rencontre entre sourds et entendants est l’un des moteurs du projet. Djenebou fait partie d’une minorité sur la scène slam et conçoit Slam & Signes comme l’occasion de créer des passerelles. On y croit.

Le spectacle “Slam & Signes” à la Maison des métallos jusqu’au 17 mars.La Semaine de la langue française et de la Francophonie se déroule du 17 au 25 mars dans toute la France sur le thème “Dis-moi dix mots qui te racontent”.

Source : http://www.lexpress.fr © 16 Mars 2012 à Paris

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