Ils jouent en langue des signes

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Sur scène, deux comédiens sourds et deux comédiennes entendantes font vivre une histoire sentimentale à travers des poèmes japonais.

Leur troupe s’appelle Clameur Public et pourtant, parmi ces comédiens professionnels, certains vivent dans le silence. Un silence qu’ils parviennent à rendre spectaculaire, au sens réel du mot, en mariant sur scène la langue des signes et le français. Les quatre acteurs — deux sourds et deux entendants — sont impressionnants dans « Désirs bucoliques », leur pièce poétique à découvrir demain à Saint-Ouen tandis qu’au Blanc-Mesnil s’ouvre une exposition sur le monde des sourds, initiée par l’association à laquelle ils appartiennent, Bête à Bon Dieu Production (BàBDP), fondée par Annie Mako. Demain, la troupe vainvestir une drôle de scène : la médiathèque Persépolis. « Nous serons en contact direct avec les spectateurs puisque nous allons déambuler dans les étages de la médiathèque, en invitant les gens à nous suivre », s’enthousiasment acteurs et metteur en scène. Ils ont déjà goûté ce plaisir et son succès auprès du public, l’été dernier en rodant le spectacle dans les jardins Albert-Kahn de Boulogne (Hauts-de-Seine). Complices dans le silence Entre les deux comédiennes entendantes et leurs comparses sourds, pas besoin de mots, c’est dans le silence qu’ils sont le plus complices. Parmi eux il y a Aurore, 30 ans, à l’ouïe parfaite mais qui avoue sa fascination d’enfance pour « les séances de l’Assemblée nationale à la télévision, avec ce traducteur en signes dans le coin de l’écran… ». Aurore a ainsi appris la langue des signes, ce fut son atout, lorsqu’« à l’ANPE spectacle, on m’a proposé une audition avec Annie », raconte-t-elle. Quant à Levent, il est « carrément une star », préviennent ses compagnons. Né sourd il y a soixante-deux ans, en Turquie, il joue depuis plus de trente ans, en paraît à peine cinquante, et pourrait « parler » des heures de son métier, en faisant voler ses mains, un sourire franc toujours aux lèvres. « Enfant avec ma mère, on communiquait par la gestuelle, traduit pour lui Aurore. J’allais beaucoup au cinéma, j’aimais le visuel, je voulais jouer les personnages que je voyais. » Depuis, il a travailavec Emmanuelle Laborie, rejoint le réputé International Visuel Theatre, chante, danse… « un vrai laboratoire expérimental », rit-il. Il a rejoint BàBDP, séduit par la poésie des créations. C’est également ce qui a attiré Olivier, 46 ans, sourd lui aussi, mais interdit de langue des signes durant toute son enfance. En revanche, à l’école, il dessinait beaucoup, et son destin premier fut la grande école de stylisme Esmod… qui le mènera à la création de costumes puis sur la scène d’un théâtre! « Désirs bucoliques ». Demain à 17 heures à la médiathèque Persépolis. Entrée libre.

Source : http://www.leparisien.fr © 17 Novembre 2011 à Saint-Ouen

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