La main des sourds

L’expérience américaine racontée à Alger

En l’espace d’une projection le monde a tourné, les sourds sont devenus les entendants et les entendants sont devenus sourds.

«Through Deaf Eyes» c’est l’histoire de l’expérience américaine avec la communauté des sourds-muets qui est racontée durant deux heures au public sourd-muet algérien

«Le monde arrête d’avoir un sens devant un langage qu’on ne comprend pas», témoigne un sourd-muet américain dans le documentaire réalisé par le producteur Laurence Hott, qui a été projeté hier à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Alger lors d’une rencontre avec de nombreux professeurs, étudiants, et jeunes appartenant à la communauté des sourds-muets en Algérie.
En présence de Aaron Woolf, réalisateur et producteur américain, il a été projeté le documentaire intitulé «Through Deaf Eyes» (Regard sur l’univers des sourds). C’est l’histoire de l’expérience américaine avec la communauté des sourds-muets qui est racontée durant deux heures au public sourd-muet algérien.
C’est simplement «un film qui raconte quelque chose sur une société démocratique», a simplifié M.Laurence Hott. Mais il faut vraiment être sourd pour ne pas mesurer la portée de la phrase.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre des échanges culturels entre les Etats-Unis et l’Algérie.
«Il y a ceux qui militent pour la méthode oraliste et d’autres pour le langage des signes. Les médecins qui incitent à la méthode oraliste sont des personnes entendantes, ils ne sont pas de cette communauté, donc ils décident à la place des autres», a indiqué un professeur en langage des signes qui a réagi lors du débat qui a suivi la projection du film documentaire. «Les décisions prises par le gouvernement envers les sourds et muets sont des décisions des entendants. Les sourds n’ont aucune opinion», dit-il.
Pour M.Hott qui revient sur la communauté des sourds au USA estime que cette dernière «est une communauté qui a sa propre culture». En effet, l’histoire de cette communauté telle que racontée dans le documentaire, retrace la naissance de cette culture.
Les sourds-muets au Etat-Unis avaient leurs langue, écoles, églises, chansons, jeux, agences de voyages, etc. C’est une communauté qui est présente partout, même dans les cercles du pouvoir.
M.Woolf qui se trouve actuellement en Algérie dans le cadre du programme des films documentaires, a déclaré, qu’il était «heureux de visiter ce pays» dont il a «beaucoup entendu parler» notamment par son père «qui y a séjourné dans les années 1960».
Le réalisateur du film documentaire «King Corn», a ajouté qu’il espérait «lancer un projet commun avec des cinéastes algériens sur des thèmes qui intéressent les deux parties», soulignant que «le patrimoine culturel très riche de l’Algérie va certainement faciliter les choses». Ce qui a marqué la projection, c’est le moment du passage de documentaire sans audio et sans sous-titrage. Juste un sourd-muet qui gesticulait. Le public sourd-muet a suivi et compris, la scène, les présents entendants dans la salle ont basculé dans l’incompréhension et l’isolement. En l’espace d’une projection le monde a tourné, les sourds sont devenus les entendants et les entendants sont devenus sourds. C’est alors qu’un public conquis à connu l’existance d’une autre planète où les gens parlent une langue autre que celle que nous maîtrisons.

Source : http://www.lexpressiondz.com © 11 Janvier 2012 à Alger

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