La main des sourds

Sourds et entendants dans le même bateau

Laurent Stéphan, Olivier Schetrit, Levent Beskardes (debout) et Jean-Luc Bansard.

Ensemble, ils montent l’Odyssée d’Ulysse. Ce mardi, les quatre comédiens présenteront leur travail lors d’une répétition ouverte au public.

Un grand comédien, cheveux bruns bouclés, gesticule devant une jeune femme en tunique rouge. Ses mains et ses bras forment des signes à un rythme effréné, dans un silence de cathédrale. Quel est donc cet étrange manège ? En fait, Olivier Schetrit, comédien sourd et muet, explique à Babette, la traductrice, ce qu’elle va devoir retranscrire à Jean- Luc Bansard et Laurent Stéphan, les deux comédiens entendants. Un peu plus loin, Levent Beskardes, comédien également sourd et muet, observe la scène.

Nous sommes au Petit théâtre Jean- Macé. Dans les gradins, il y a seulement la plasticienne Brigitte Maurice qui signe le décor, une stagiaire et le futur éclairagiste de la pièce. Devant ce petit comité, les quatre comédiens peuvent laisser libre cours à leurs inquiétudes. Pas simple en effet de créer à quatre. Mais encore moins quand on ne parle pas la même langue…

« Sourds… mais bavards »

« J’aime travailler avec des comédiens étrangers. C’est un peu mon credo théâtral pour faire découvrir leur culture, confie Jean-Luc Bansard, patron du Théâtre du Tiroir. Cette rencontre que j’ai faite avec ces deux comédiens sourds-muets m’a fait dire que j’étais dans un pays étranger, le pays du silence. » Avec Laurent Stéphan, comédien entendant, ils ont décidé de monter l’Odyssée d’Ulysse : deux comédiens sourds et deux entendants dans le même bateau. Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ? aurait dit Molière.

« La logique des sourds n’est pas la même que la nôtre. À chaque fois qu’une consigne est donnée sur le plateau, on doit s’assurer qu’elle a bien été comprise par tout le monde », confirme Jean-Luc Bansard. Les comédiens, sourds ou entendants, discutent leur position sur la scène, les gestes qu’ils doivent faire ou non, leur façon de signer ou de dire tel morceau du texte. « Ils sont sourds, mais ils sont bavards », sourit Jean-Luc Bansard. Le tout suivi pas à pas par la courageuse Babette, seule à comprendre l’ensemble des débats.

Chorégraphie générale

Mais même si les séances de travail pour décortiquer le texte et les placements semblent éreintantes, la récompense est à la hauteur des efforts. Il n’y a qu’à les voir enchaîner les scènes déjà mises au point. D’un seul coup : tout semble facile et gracieux. On voit Ulysse et ses compagnons naviguer vers l’île des Lotophages. Et l’on se surprend à comprendre le mot île, en langue des signes, cercle horizontal tracé dans les airs par le doigt d’Olivier Schetrit.

« Mon but est que le spectacle soit vu comme une chorégraphie générale », souligne Jean-Luc Bansard. Accessible à la fois aux entendants et aux sourds. Les quatre comédiens y travaillent depuis juin et espèrent être au point pour octobre 2012. Ils ouvrent toutefois leurs portes ce mardi, à 15 h, pour permettre au public de découvrir leur travail. Une belle aventure digne de celle d’Ulysse.

Aujourd’hui, à 15 h, répétition publique des Chants du retour, au Petit théâtre Jean-Macé, 8, rue Jean-Macé (quartier Hilard) à Laval. Entrée libre.

Source : http://www.laval.maville.com © 29 Novembre 2011 à Laval

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