L’Association des sourds de la Mauricie menacée

(Trois-Rivières) Avec sa subvention suspendue depuis le mois de juillet dernier, l’Association des sourds de la Mauricie est menacée de disparition. L’Agence de santé et de services sociaux estime que l’organisme, pourtant subventionnée depuis 1999, ne répond pas aux critères du programme de soutien aux organismes communautaires.

Suzanne Rivard, directrice générale de l'Association des sourds de la Mauricie, est inquiète pour la survie de son regroupement.

Parmi ces exigences, on retrouve l’obligation de produire un plan d’action, de fonctionner démocratiquement et d’être en lien avec d’autres organismes communautaires. On reproche également à l’ASM de ne pas jouer son rôle de défense de ses membres et de ne pas être membre de regroupements d’organismes.

 

On estime par ailleurs que l’association recrute peu de nouveaux membres, surtout chez les jeunes. Enfin, l’agence se dit insatisfaite de son plan d’action et estime que les activités de l’organisme se rapprochent davantage de la culture et des loisirs que des services de santé.

 

Suzanne Rivard, directrice générale de l’ASM, qui assumait aussi jusqu’à récemment le rôle de présidente de l’ASM, assure que l’association possède maintenant son conseil d’administration dont la présidente est Marie-Josée Lefebvre.

 

Elle se dit bouleversée et très choquée de ce qui arrive et ne sait vers qui se tourner pour trouver de l’aide. La directrice qui travaille maintenant bénévolement, a confié avoir caché la situation à la centaine de membres de l’ASM dont elle redoute la réaction. La majorité de ces personnes sont en effet âgées, parfois analphabètes ou analphabètes fonctionnelles et souffriraient d’isolement sans leur association.

 

Mme Rivard soutient qu’elle veut bien se conformer mais qu’elle a besoin d’aide pour y arriver. Elle plaide que venir à bout de la paperasse représente beaucoup d’énergie pour les personnes sourdes, un aspect de son problème que sembleraient sous-estimer les professionnels de l’agence de santé. Mme Rivard avait d’ailleurs sur son bureau une pile de documents que lui a fait parvenir l’agence et dont elle n’était pas encore venue à bout.

 

Elle ajoute que l’agence ne réalise pas que pour entrer en relations avec d’autres organismes communautaires, participer à des activités communes, il faut compter sur des interprètes et que cela coûte très cher: trop cher pour le budget de l’association.

 

Mme Rivard ne nie pas que plusieurs activités de son organisme concernent les loisirs (soirées, anniversaires, fêtes, ligue de dards, rencontres, informations touristiques), mais il lui arrive souvent de guider ses membres dans le réseau de la santé, (elle fournit souvent le transport) de les aider à traduire et comprendre des directives sur le diabète et le Parkinson, pour ne donner que ces exemples.

 

Elle donne aussi souvent des conférences dans les écoles sur le handicap que représente la surdité et conseille parfois les enfants sourds qui commencent leurs classes. Mme Rivard enseigne également la langue des sourds du Québec (LSQ).

 

Enfin, son association veille à ce que les organismes répondent aux besoins des personnes dans différentes secteurs qu’il s’agisse de la santé, du travail, de l’éducation ou des loisirs.

 

Mais cela dit, il semble que les relations entre l’ASM et l’agence soient tendues et difficiles, au point que les échanges se terminent souvent par des menaces d’un côté et des larmes de l’autre.

L’Agence de santé reste sur ses positions

 

L’Agence de santé et de services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec reste sur ses positions: l’Association des sourds de la Mauricie doit changer son mode de fonctionnement, se conformer aux nouvelles exigences de reddition de comptes… ou disparaître.

Jocelyne Tremblay, chef en organisation des services sociaux à l’agence, rappelle qu’elle est toujours en attente d’un plan d’action de l’Association des sourds de la Mauricie. Elle s’étonne donc qu’un médias intervienne dans ce dossier alors que l’agence n’a pas encore pris de décision finale, sinon de suspendre la subvention.

Les échanges entre l’ASM et l’agence ont en fait débuté en 2009, alors que, comme tous les autres organismes communautaires, l’Association des sourds de la Mauricie était invitée à participer à une session d’information à Drummondville portant sur les nouvelles normes de redditions de compte imposées par le ministère de la Santé et des Services sociaux. L’ASM ne s’y est pas rendue.

En ne se soumettant pas aux nouvelles règles qui concernaient aussi le rapport d’activités, les organismes étaient prévenues qu’ils risquaient d’avoir des difficultés avec le renouvellement de leur subvention.

Or, constate Annie Désilets, conseillère au programme de soutien aux organismes communautaires, l’ASM a très peu d’activités, souvent une seule par semaine qui consiste majoritairement en jeux de dards et de poches.

«On s’attend d’un organisme qui a pour objet principal dans sa charte la “défense des droits” qu’il siège à différents comités pour justement défendre les droits de ses participants que ce soit pour du logement ou autre…»

Mme Désilets dit comprendre qu’il est parfois difficile pour les personnes sourdes de lire et bien comprendre des documents officiels et qu’il leur faut des interprètes, mais elle ajoute que l’isolement de l’organisme fait justement partie du problème

«Si l’ASM était membre d’un regroupement, même si cela n’est pas obligatoire, cela répondrait à une recommandation du ministère. L’ASM pourrait, à titre d’exemple, être membre du Regroupement des organismes pour personnes handicapées ou de la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières, deux organismes qui agissent en soutien pour leurs membres.»

Elle soulève par ailleurs un autre problème de l’Association des sourds de la Mauricie, soit son refus d’inclure dans son conseil d’administration ce qu’on appelle des membres co-optés, des personnes du public qui ont un intérêt pour la cause de l’organisme et qui possèdent une formation professionnelle précieuse pour ces organisations.

«Mais à l’ASM, les personnes entendantes n’ont pas le droit de vote ou de parole aux assemblées générales. Ça crée un isolement qui est malsain.»

Elle rappelle par ailleurs qu’il existe six autres regroupements de personnes sourdes dans les villes de Trois-Rivières, Victoriaville et Drummondville, souvent mises sur pied  par des gens qui fréquentaient l’Association des personnes sourdes de la Mauricie et qui en étaient insatisfaites. «Ce sont des organismes qui sont moins isolés et qui arrivent à aller chercher du financement à l’extérieur  comme à l’OPHQ ou ailleurs, en plus de ce qu’ils reçoivent de l’agence», note Mme Désilets.

Au sujet du problème des interprètes, souvent soulevé par l’ASM comme prétexte pour ne pas participer à des activités, Mme Désilets signale que souvent les interprètes peuvent être payés par d’autres organismes.

À l’agence, on dit ne pas comprendre que Mme Rivard se sente dépassée, alors qu’une personne de l’Office des personnes handicapées du Québec, Julie Caron, a été désignée pour soutenir l’organisme. Selon elle, Mme Rivard avait très bien compris ce qu’on attendait d’elle et tout semblait clair.

Mme Désilets ne cache pas qu’elle est inquiète pour la survie de l’organisme qui ne compte pas de relève. On juge par ailleurs que sa directrice ne fait pas suffisamment confiance aux membres de son conseil d’administration qui semblent tous tenus dans l’ignorance.

«Et ça, c’est très inquiétant», de conclure Mme Désilets.

Source : http://www.cyberpresse.ca © 7 Octobre 2011 à Canada

1 commentaire
  1. Marc Bonin dit

    ((( Bonjour ))) longtemps pas vu !

    Je sais que tu aimes aides beaucoup ,,, Oui vrai.

    Ils nous disent au revoir.

    Marc Bonin

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