La main des sourds

Vesoul : Audric, l’enfant qui entend avec les yeux

Vesoul. Ce qui l’agace le plus, Agnès Pleignet, c’est « le regard des autres ». Et quand elle lâche, ça, ce n’est pas uniquement en pensant à Audric, son fiston sourd profond. Son combat contre les préjugés apparaît comme une évidence. D’ailleurs, quand elle parle de l’exclusion due au handicap…

Vesoul. Ce qui l’agace le plus, Agnès Pleignet, c’est « le regard des autres ». Et quand elle lâche, ça, ce n’est pas uniquement en pensant à Audric, son fiston sourd profond. Son combat contre les préjugés apparaît comme une évidence. D’ailleurs, quand elle parle de l’exclusion due au handicap, elle emploie le pluriel : « Ils sont vite laissés de côté ». Puis s’attachant au cas de son petit garçon de 11 ans, elle raconte comment il se heurte à la barrière du handicap parce « qu’il n’entend pas, ne comprend pas et est un peu brutal ».

Déjà maman de deux filles, Laurine et Mélina, elle a vite pressenti, après la naissance d’Audric, quelque chose. « Il ne réagissait pas à une porte qui claquait, aux bruits de ses jouets », revit-elle. Si elle se tient désormais un peu à distance du trouble ayant suivi l’annonce du diagnostic médical, c’est qu’elle a fait du chemin parvenant à « faire le deuil de l’enfant entendant ». Mais « c’est dur », souffle-t-elle avant de faire glisser ses souvenirs sur des aspects plus pratiques comme la rééducation orthophonique, les trajets presque quotidiens à l’hôpital de Besançon, la demande de carte d’invalidité, la batterie de tests et la pose de prothèse auditive aux deux oreilles.

Soulagée par une prise en charge médicale et financière, qu’elle juge « efficace et très bien », Agnès et Didier doivent faire face, au quotidien, à beaucoup de sollicitations. « Il faut le surveiller sans cesse. La nuit, sans appareil, il n’entend pas les bruits mais perçoit les vibrations. Et quand il ne s’entend plus parler, il commence à crier. Devant la télé, il ne cesse de poser des questions car il ne saisit pas ce qui se dit ».

L’avenir en question

Pour mieux comprendre les paroles peu articulées de son enfant et dialoguer avec lui, la maman s’est familiarisée avec le français signé et le langage parlé complété tandis que le garçonnet a d’abord étudié la lecture labiale tout en apprenant à vivre d’abord avec ses prothèses et ensuite avec un implant cochléaire. Cette prothèse électronique d’oreille interne palliant la cochlée déficiente en stimulant le nerf auditif, ne répond pas complètement aux espoirs d’Agnès. « Ça l’aide pour les bruits aigus et il entend un petit peu mieux », reconnaît la maman avant de se faire l’interprète de son petit garçon en confiant la préférence de celui-ci pour la prothèse. « L’implant intrigue », relève Agnès. Le processeur vocal miniaturisé porté derrière l’oreille et relié à une petite antenne placée sur la peau attire l’œil et elle sait qu’il vit mal ce regard-là.

Aujourd’hui, Audric est scolarisé à l’Unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS TFA) située à Sochaux, Agnès travaille et s’autorise ainsi à penser un peu à autre chose. Enfin, pas tout à fait. Car l’avenir est source de questionnement : « Qu’est-ce qu’il va faire ? Qu’est ce qu’il va vouloir faire ? Est-ce qu’il va être accepté dans le monde du travail ? »

Source : http://www.estrepublicain.fr © 12 Septembre 2011

3 commentaires
  1. sylvie dit

    Désolée,l’implant cochléaire contrairement au contour de l’oreille,attire les regards,surtout des regards de dégoût,des regards bizarres et des enfants qui ont peur en voyant cela,j’en ai vu dans un transport public…une petite fille aux cheveux ras,porteuse d’implant cochléaire,un groupe d’adolescents font une remarque sur la gamine,une fillette assise à côté de sa maman tire la manche et montre la petite fille,la maman cache le visage de sa fille contre son corps pour éviter qu’elle voie cela par peur qu’elle fasse par la suite des cauchemars la nuit,une autre personne détourne le regard…à force,ça devient insupportable or moi,j’étais à côté d’elle,j’observe les regards des gens qui allaient vers la petite fille,moi,qui a le même handicap auditif,moi qui ne porte ni implant ni contour d’oreille,je ne vis pas ces regards là,je suis en toute discrédition,tranquille,en paix et en harmonie avec les gens…avant de poser l’implant sur l’enfant,il faut bien réfléchir,il faut prévoir ces regards désagréables que peut vivre l’enfant toute sa vie…je ne suis point étonnée qu’à la majorité,certains d’entre eux arrêtent l’implant pour pouvoir vivre en paix sans ces regards bizarres…je ne suis pas étonnée qu’il y a 3 fois plus de suicides chez les adolescents implantés par rapport aux adolescents non implantés…vivre avec un implant est douleureux,y compris pour le père de mon ami,devenu sourd,il a senti la différence des regards,depuis qu’il a un implant,il ne sort plus de chez lui tellement les regards sont insupportables,il a l’impression d’être un extraterrestre.Ce n’est pas le même regard que ceux des personnes en fauteuil roulant(quelqu’un de ma famille est en fauteuil roulant,donc je le sais),eux vivent le mépris,l’indifférence mais les sourds implantés,ont en plus,le dégoût…un jour, je ferai photographier ces regards,c’est la réalité sociale.

  2. Mimi dit

    Brreuk en voyant cette photo, cela me fait un chair de poule … implant cochléaire est un effet qui fait peur !

  3. Audric dit

    pourquoi l’implant fait peur et provoque du dégoût?

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