Ils sont sourds, aveugles, sensibles et passionnés

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Hier, le foyer La Peyrouse organisait des portes ouvertes pour faire tomber les préjugés sur la « surdicécité », qui permet quand même l’émotion.

Hier, dans l’atelier de confections artisanales ou artistiques.

Au fond de l’arrière-pays bergeracois, il y a bientôt trente ans, des frères et sœurs de la congrégation de Saint-Gabriel de Poitiers se sont installés dans une vieille chartreuse, pour donner de l’espace à de jeunes sourds et aveugles. C’est un petit hameau de maisons serrées, avec une chapelle et des dépendances en pierres blondes qui contemplent ce que la région propose de plus beau. À voir. Et à ressentir : le vent sur la peau, le soleil qui réchauffe et l’odeur de la nature sont aussi des bonheurs de la campagne. Aujourd’hui, le foyer La Peyrouse héberge 20 résidents, de 22 à 72 ans. Les religieux sont en retraite dans un bâtiment voisin, ils ont tout vendu à l’association qui gère l’établissement depuis 1992, financée par le Conseil général. Chose rare, parce que perturbant, une journée portes ouvertes était organisée hier. « Ce n’est pas un spectacle », s’excuse presque Philippe Gondonneau, le président du foyer. Mais il s’agissait de montrer aux familles, faire tomber des préjugés et promouvoir le projet de se rendre aux JO de Londres.

« Ils prennent du plaisir »« La prise en charge des sourds et aveugles relève d’un savoir-faire très particulier : il y a peu de centres en France », explique Philippe Gondonneau. Il y a moins de résidents que d’employés (25) ; la prise en charge est « totale », à la mesure d’un handicap impressionnant. « Et pourtant, les résidents ont une autonomie étonnante. » Ils sont nés ainsi ou ont été frappés par une maladie dégénérescente. Certains sont complètement délaissés par les familles. À La Peyrouse, ils vivent comme dans un village, du jardin potager aux ateliers de confections artisanales ou artistiques. Une foule d’activités et des visites en extérieur : « Sinon, le handicap renferme. » Au contraire, eux s’ouvrent : il y en a qui discutent par mail, avec une grosse machine qui traduit instantanément le courriel en braille ; d’autres qui utilisent des webcams pour parler en signes. Un peu partout dans le foyer, ce sont des inscriptions en relief ou en braille. Pour se diriger, il y a des codes couleurs (certains résidents les distinguent) et un cheminement podotactile.

Hier, pour qu’on se rende compte, l’équipe du foyer avait préparé de grosses lunettes plus ou moins obstruées, ou juste trouées, pour simuler la surdicécité. Alors, après, voir les résidents canner des chaises en tressant avec minutie des fils de jonc, semble un exploit. « Ils ont développé le toucher plus que nous », complète Sylvie, de l’atelier artistique. Elle ajoute : « Ils prennent du plaisir. » Ils se parlent en dessinant des codes en « dactylolalie » dans la paume des mains. « Il y a toute une sensibilité dans les mains », dit Alexandre, un encadrant. Un autre préjugé : ils aiment la musique, dont ils ressentent les vibrations. Dans la salle de musique, le plancher est souple pour mieux en profiter. Plus loin, c’est la salle de sport, pour assurer lors des sorties ou des randonnées : car le sport n’est pas que du loisir, le handicap n’empêche pas l’envie de gagner. « La compétition et ses bénéfices sont accessibles », assure Alexandre.

Source : http://www.sudouest.fr © 26 Juin 2011

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