Maurice est bilingue, mais il ne parle qu’une seule langue

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Nathan Soret a rencontré Maurice Hayard via Twitter. L’occasion d’en apprendre davantage sur la langue des signes… et d’accueillir un nouveau membre du Plus !

J’avais envie de l’écrire, ce titre. Je le trouve tellement symbolique.

 

Je vais vous parler de Maurice: une personne devenue sourde à l’âge de 9 ans, suite à un accident médical, et que j’ai eu la chance de rencontrer via Twitter. Aujourd’hui âgé de 61 ans, il a eu le temps de devenir bilingue. Il sait parler français et connait parfaitement la Langue des Signes de Belgique Francophone (LSBF), appelée plus couramment Langue des Signes.

On connait très mal les sourds. On connaît très mal les gens qui présentent un handicap, qu’il soit corporel ou sensoriel. Dès nos premières phrases échangées, Maurice m’explique : « Perdre l’ouïe c’est être dans une bulle, et c’est pire que de se trouver dans le noir ».

 

Très vite, mille questions me viennent à l’esprit. Je me décide de lui en poser une première, presque honteux : « Comment communiquez-vous dans la vie de tous les jours ? », bien que j’aie une brève connaissance de l’existence de la langue des signes. Je me risque même à ajouter « Vous savez lire sur les lèvres ? ». Ce à quoi il me répond tout simplement: « J’ai une assistante qui me traduit les dialogues et me permet de comprendre. J’ai aussi un smartphone ».

Maurice Hayard – Signe de reconnaissance des sourds ©Nathan Soret

Internet, les sourds et les préjugés. A cet instant, je prends enfin conscience de ce que peut représenter internet et ses réseaux sociaux, comme Twitter, dont Maurice est récemment friand. C’est en effet un moyen plus simple, plus rapide, et surtout autonome pour communiquer. S’il existe tout de même entre 100 à 200.000 personnes qui « signent » en LSF, une minorité seulement ne présente pas de handicap.

 

Hormis une poignée de signes que vous avez peut être appris sur le tas, il y a très peu de chances pour que vous compreniez une personne qui « signe ». D’où l’importance pour les sourds et/ou muets d’avoir une personne assistante pour la conversation.

 

Sur cette dernière appellation, Maurice ne peut s’empêcher de réagir : « Souvent, trop souvent les médias désignent les personnes sourdes ‘les sourds-muets’. C’est un terme péjoratif qui dénigre complètement la personnalité des Sourds (..) Beaucoup de ceux qui ignorent complètement la vie quotidienne d’une personne sourde diront : c’est un débile ! c’est un handicapé mental ! c’est un malade ! c’est un sauvage ! Et je ne sais quoi encore.. »

 

Au jour d’aujourd’hui, Maurice est directeur de l’agence Surdimobil, responsable d’associations, vice-président de la Ligue pour les Droits des Personnes Handicapées (LDPH), conseiller stratégique de la Fédération Internationale des Droits des Personnes Handicapées (FIDPH) et bien évidemment ardent défenseur des droits des sourds.

 

J’ai proposé à Maurice de participer à la communauté du Plus et je suis heureux que nous puissions l’accueillir ici. Vous pourrez le retrouver ici très bientôt, à travers différents billets sur le quotidien des sourds, ce qui permettra de sensibiliser les personnes désireuses, comme moi, d’en savoir plus.

Source : http://leplus.nouvelobs.com © 29 Juillet 2011 à  Belgique

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