La main des sourds

C’était le dernier jour d’une vie de travail

À gauche, Marie-Nelly Normant à l'heure de la retraite. Comme Jean-Paul Mordelet, Isabelle Hamayon, Martine Perrault, Micheline Réminiac, Martine Leroy Joly (manque sur la photo Blandine Crozier). Au fond Jean Briens, directeur du centre Jacques Cartier et Michel Brémont, conseiller général.

La retraite. Un jour où l’autre, ça arrive. Nous avons suivi Marie-Nelly Normant, éducatrice.

1er juillet 2011, dernier jour. Le centre Jacques Cartier, spécialisé dans l’éducation et les soins pour des jeunes sourds et enfants dyslexiques à Saint-Brieuc, fête le départ à la retraite de sept employés. Marie-Nelly Normant est l’une d’elles. Voici le récit de sa journée.

11 h, une fleur dans un journal

« Bonne retraite ! » Combien de fois l’aura-t-elle entendu ? Ou lu sur les doigts agiles des jeunes sourds, qui lui rendent bien l’affection qu’elle leur porte. 11 h : verre de l’amitié avec les jeunes, premiers cadeaux. Comme cette capucine, plantée dans un mini-pot enrubanné de papier journal. Marie-Nelly est émue et fière d’avoir pratiqué le métier qu’elle devait faire. Le déjeuner avec les collègues sent aussi le grand départ. « Qu’as-tu envie de faire après ? » La question revient souvent dans les conversations.

37 ans de passion intacte

L’éducatrice spécialisée arpentait les couloirs depuis si longtemps. Trente-sept années de passion intacte. « Je vais avoir 65 ans, mais j’aurais facilement continué », avoue-t-elle. Dans son repaire, la grande salle mi-permanence mi-CDI, Marie-Nelly Normant répond à toutes sortes de questions : « As-tu vu untel ? » « Je peux laisser en garde mon portable ? »… ou bien rapporter un livre, jouer aux cartes, apprendre les échecs. Un carrefour, havre de paix et d’étude, propice aux confidences.

La retraite, trop dur d’un jourà l’autre

Ce qu’elle pense de l’entrée en retraite : « Trop dur, d’un jour à l’autre, quand on est en bonne santé et qu’on aime son travail. C’est une autre vie, il faut s’y préparer. Avoir anticipé ce moment pour que ce soit une continuité, pas une rupture. Petit à petit, on s’investit dans autre chose ».

Que sera demain ?

« Il y aura un coup de blues, il ne faudra pas l’occulter, calmer ça tranquillement. Et puis j’aurai tant de choses à faire. Commencer par du repos. Prendre l’air et le soleil. » Sa Foi a guidé Marie-Nelly sur les chemins de sa vie à venir : elle joue de l’orgue à l’église de sa paroisse et, une fois par mois, pour les détenus de la maison d’arrêt. Elle fait du bénévolat, se passionne pour l’informatique. Et veut du temps pour la famille et les amis.

Les premières heures

1er juillet, 21 h, à la maison. Le cerisier croule sous les fruits mûrs, le chien fait la fête. Marie-Nelly, une tasse de tisane à la lavande en main : « Je ne me sens pas en retraite, mais en vacances. C’est quand les autres rentreront que je serai en retraite. »

Source : http://www.saint-brieuc.maville.com © 11 Juillet 2011 à Saint-Brieuc

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