Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
<> <>
Hauts de Seine Habitat

Les trois vies polyglottes de Laure Boussard

Interprète en langue des signes, initiée au breton à Ti ar vro, l’ex-gérante du café-librairie Mod-All rêve maintenant d’ouvrir les sourds à la langue de Pierre-Jakez Helias.

Elle trace d’elle-même en souriant, le portrait d’une « polyglotte minoritaire »« Je me suis fait une spécialité des langues les plus étranges, comme avec la langue des signes, apprise en 1993 au terme d’une formation de dix-huit mois, à Paris », confie Laure Boussard, l’une des trois interprètes finistériennes, spécialistes du bouzareg(langue des sourds en breton). Pourtant, à l’époque, la jeune diplômée avançait en terrain difficile. « La formation professionnelle et le diplôme d’interprète de la langue des signes n’étaient pas reconnus, insiste-t-elle. Il y a maintenant une formation tout à fait identique à la mienne à l’université Paris VIII. »

Un Pôle d’accueil des sourds

Une absence de reconnaissance qui n’a pas empêché Laure Boussard de s’épanouir pleinement dans cette première activité. « J’ai été l’interprète de la comédienne Emmanuelle Laborie, devenue depuis la directrice du Théâtre des sourds, à Paris. Et j’ai beaucoup bossé avec elle pour des tournages de films, pièces de théâtre, ou émissions de télé. »

Une trajectoire au service de la langue des signes, qui trouve son accomplissement avec l’ouverture du premier service d’interprétariat, jamais ouvert dans un hôpital public. « La médecine prenait enfin en considération à part entière, les personnes atteintes de surdité. Et les médecins découvraient que les sourds pouvaient aussi souffrir du cancer, et pas seulement de la surdité ! », s’exclame l’interprète au souvenir des premières heures du Pôle d’accueil des sourds, installé à La Salpétrière, à Paris.

Reconversion bretonne

En 2001, Laure découvre le Centre-Bretagne avec son compagnon originaire de Poullaouen. « Les paysages, les gens, la culture. Ça m’a plu tout de suite. » Elle quitte Paris, change de vie et ouvre le café-librairie Mod-All, à Carhaix, en 2005. « Une idée qui me bottait bien. Maintenant, six ans plus tard, c’est fini », indique l’ex-gérante aujourd’hui en reconversion à la langue bretonne, à Ti ar vro. « J’avais déjà fait quelques stages de breton avec Roudour. Mais c’est toujours trop bref. On ne peut pas apprendre jusqu’au bout », avoue la jeune femme de 42 ans, bien décidée à placer sa troisième vie sous le signe de la langue de Pierre-Jakez Helias.

« La langue bretonne m’inspire »

« J’ai fait une cessation d’activité toute simple, explique Laure Boussard. Et on me donnait tous les moyens de franchir le pas : en suivant une formation rémunérée et de longue durée à la langue bretonne, financée par la Région. » Le goût de l’interprète pour les langues a fait le reste. « La langue bretonne m’inspire. J’ai en tête une idée d’émission en breton sur la musique classique. Mais je voudrais aussi agir dans le domaine du patrimoine, écrire des articles, conduire des visites commentées et réaliser des audioguides en breton. »

« Kemer chupenn-mañ ! »

Toutefois, le projet le plus ambitieux de Laure Boussard n’est pas là. « Je voudrais transmettre ce que je sais de la langue des signes aux bretonnants, et proposer des cours de breton dans cette même langue », indique l’ex-gérante du Mod-All qui se verrait bien entamer une nouvelle carrière de pédagogue et de formatrice. « Partir de la langue bretonne écrite, pour donner ensuite des explications de grammaire ou de syntaxe, en langue des signes. Les sourds aussi, insiste-t-elle, doivent pouvoir accéder au monde breton qui les entoure. » Intéressée par la suggestopédie– « une méthode d’apprentissage qui joint parole et geste et permet de ne pas rester en échec par rapport à la langue » – la formatrice en herbe propose illico d’illustrer la démarche. « Kemer chupenn-mañ ! », lance-t-elle en breton, tout en désignant un gilet jeté sur un dossier de chaise. La troisième vie polyglotte de Laure Boussard est bien partie.

Source : http://www.ouest-france.fr © 18 Mars 2011 à Carhaix

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.