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Quatre spectacles se dévoilent aux sourds et malentendants

Ce soir, c’est une version sur-titrée du Malade imaginaire de Molière qui est présentée au Théâtre en Cavale, à Pitoëff. Elle fait partie des quatre pièces de théâtre de la saison choisies par le Département de la culture de la Ville de Genève pour être rendues accessibles aux personnes atteintes de troubles auditifs.
«Culture pour tous», c’est le credo du conseiller administratif Patrice Mugny, en charge du domaine. Sensible à la question de l’intégration des personnes handicapées, il met en place un programme d’accessibilité à l’univers culturel genevois. Diverses mesures sont prises pour que les personnes en situation de handicap ne soient pas marginalisées: l’accent a d’abord été mis sur la mobilité et un travail important a été effectué sur l’accessibilité des bâtiments culturels.

Plus d’ampleur cette année

Plusieurs projets spécifiques, temporaires ou permanents, voient le jour. Depuis l’an dernier, l’accès au théâtre pour les sourds et les malentendants intéresse le Département, et surtout Véronique Lombard, cheffe du Service de la promotion culturelle. Une première expérience a été menée au printemps 2010 au Poche avec la pièce Elvire Jouvet 40, mise en scène par Miguel Fernandez – lequel participe cette année au projet en tant que directeur du Théâtre en Cavale.

Riche de son expérience au sein de la Fédération Suisse des Sourds (SGB-FSS), où elle a travaillé pendant quatre ans, Barbara Mégroz a été engagée au Poche cette année en tant qu’attachée de production et responsable du surtitrage pour malentendants. Accompagnant deux personnes atteintes de surdité, venues pour la première fois au théâtre, elle a pu observer quelques problèmes techniques dans «cette première ébauche». Elle se réjouit de la continuité du projet qui va s’améliorant et prend plus d’ampleur cette année.

La loi du direct

Alors que le texte défilait au dessus de la scène, obligeant les spectateurs sourds à se placer au fond de la salle, ceux-ci ne pouvaient plus apprécier les expressions des acteurs, ni lire sur les lèvres. Les répliques écrites étaient toutes de la même couleur, sans différencier les comédiens. Enfin, «le choix de la pièce n’était pas très heureux, avec un texte difficile», avoue Véronique Lombard. Elle organise donc un débriefing avec la FSS et l’Association genevoise des malentendants pour choisir les spectacles selon certains critères – nombre d’acteurs, jeu de scène, accessibilité du texte – et améliorer les problèmes techniques. Le partenariat avec Swiss TXT a été consolidé.

Selon Marie Del Piante, qui supervise le sous-titrage de La Campagne au Poche, la difficulté majeure liée au théâtre est le travail en direct, avec très peu de répétitions: «On espère que les comédiens vont jouer de la même manière, car les sous-titres ne peuvent pas être immédiatement modifiés en cas d’erreur.»

A cela s’ajoute le travail de coupure du texte tout en conservant le sens, pour faciliter la lecture. Les dispositifs techniques ne sont pas identiques dans les trois salles qui participent au projet. Ils doivent s’adapter aux spécificités de chacune. De manière générale, le projet est très bien accueilli par les metteurs en scène et directeurs de théâtre. Tant Philippe Lüscher que Miguel Fernandez ou David Junod sont séduits et espèrent que cette formule soit pérennisée.

Français plus militants

Atteintes de surdité, Noha El Sadawy et Eva Hommar-Bouveret apprécient ce nouvel accès au théâtre. Conscientes du peu de visibilité de leur handicap, elles reconnaissent une certaine passivité de la part de la FSS, «contrairement aux sourds français bien plus militants». Si chez nos voisins l’accessibilité au théâtre existe depuis un moment, Genève en est à ses premiers essais. Très motivées, les deux spectatrices comptent sur les synergies entre la Ville et les associations pour l’avancée du projet. Un avenir qui promet dans ce domaine, Patrice Mugny avançant par exemple l’idée d’une discothèque pour les sourds, à la suite de l’expérience du parquet vibrant de la «Sourd’in» à la Fête de la musique en 2009. I

Le Malade imaginaire, jusqu’au 29 janvier au Théâtre en Cavale, Pitoëff, 52 rue de Carouge. La Campage, du 31 janvier au 6 février, et Blackbird, juin 2011 (dates avec surtitres à définir), Théâtre Le Poche, 7 rue du Cheval-Blanc, Harold et Maude du 13 au 19 mars, Théâtre de Carouge, 39 rue Ancienne.

Source : http://www.lecourrier.ch © 19 Janvier 2011 à Suisse

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