Apprendre la langue des signes pour la beauté du geste

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Pascale Brunier (à droite) est régulièrement sollicitée à l’accueil de l’Hôtel des impôts pour renseigner et rassurer le public sourd et malentendant.

À l’Hôtel des impôts d’Annemasse, les usagers sourds et muets peuvent bénéficier des services d’une fonctionnaire qui a appris la langue des signes.

Cela fait deux ans que Pascale Burnier a commencé les stages de formation et il lui reste encore quatre semaines à effectuer. En juillet on lui remettra une attestation pour son apprentissage de la langue des signes. « C’est quand même un important investissement personnel », reconnaît celle qui est contrôleur principal à Annemasse depuis 1990. C’est par curiosité et parce qu’elle trouve « jolie » cette façon de s’exprimer, qu’elle s’est lancée dans cette aventure. Totalement prise en charge par l’administration, la formation qui dure 20 semaines réparties sur trois ans, est dispensée à Lyon les deux premières années puis à Paris pour la dernière session.

Avant tout
une expérience humaine

« Cela m’a permis de découvrir les problématiques des sourds et malentendants. Dans certaines situations, on essaye d’imaginer ce qu’ils peuvent ressentir, comment ils s’adaptent. Comme par exemple pour les appels aux haut-parleurs qui sont faits dans une gare » , indique Pascale Burnier. « Ils sont ainsi plus attentifs aux mouvements de foule. Humainement, l’apprentissage de la langue des signes m’a fait grandir. » Dans son travail, elle est sollicitée par ses collègues lorsqu’une personne sourde se présente à l’accueil. « On est toujours un peu stressés face à des personnes handicapées et de pouvoir s’exprimer dans le même langage, cela soulage tout le monde. » Sur Annemasse, le public concerné n’est pas très important mais semble apprécier lorsqu’une administration fait un effort dans leur direction.
« Il y a une dizaine de personnes qui viennent régulièrement. Ils savent que je suis là et s’ils viennent, ce n’est pas forcément parce qu’ils ont un problème avec l’administration mais surtout pour se rassurer dans leurs démarches ! », indique Pascale Burnier.

Accentuer les expressions du visage
Dans son travail, la fonctionnaire utilise également la langue des signes pour communiquer avec l’une de ses collègues qui est sourde.
« J’essaye de discuter avec elle au moins une heure par semaine. » Comme pour toute langue étrangère, une pratique régulière est la clé du succès. « Ce n’est cependant pas comme « L’anglais en 90 jours » ! », assure-t-elle. Car apprendre la langue des signes n’est pas une sinécure. Au début de sa première année de formation, Pascale était avec neuf autres personnes. Mais seulement deux stagiaires sont allés jusqu’au bout des six semaines imposées.
« Le plus difficile, c’est l’expression du visage. Il faut faire des grimaces pour accompagner ce que l’on dit avec les gestes, sinon c’est comme parler sur un ton monocorde. Or notre éducation nous a appris à réfréner ces mimiques. » Aujourd’hui elle a appris à dépasser ses craintes, ses appréhensions et utilise la langue des signes avec grâce et fluidité. « C’est une gestuelle magnifique », s’enthousiasme-t-elle encore.

Son exemple en a inspiré d’autres
Sa passion pour la langue des signes, Pascale Burnier ne la cultive pas qu’à son travail. Également conseillère municipale à Saint-Cergues, elle en fait la promotion dans sa commune et essaye de rencontrer aussi souvent que possible des sourds-muets pour peaufiner sa pratique de la « langue », notamment grâce à au Club sportif des sourds d’Annemasse. Mais ce qu’elle aimerait surtout, c’est faire des émules, que d’autres personnes entreprennent l’apprentissage de la langue des signes. Et c’est plutôt bien parti, puisqu’un collègue du service des impôts à Bonneville vient de commencer cette année la formation ainsi qu’un autre à Thonon-les-Bains.

Source : http://www.lemessager.fr © 24 Février 2011 à Genevois

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