Les sourds apprennent enfin la langue des signes

De gauche à droite : Lionel Cloître, formateur en langue des signes ; Sabine Tanguy, malentendante ; et Laëtitia Morvan, présidente du Collectif des sourds du Finistère.

Don Bosco propose trois nouveaux services à Brest. Dont un cours de cette langue à part entière, qui a été si longtemps interdite aux malentendants. Et qu’ils redécouvrent avec fierté.

« J’apprends beaucoup. Je suis très motivée. » La Plabennecoise Sabine Tanguy, 41 ans, mère de quatre enfants, est malentendante depuis toute petite. Depuis fin janvier, elle vient chaque semaine, à Brest, au 49, rue Robespierre.

Un nouveau dispositif de langue des signes français (LSF), financé par le conseil général, a ouvert. Il est géré par l’association Don Bosco en collaboration avec le Collectif des sourds du Finistère. Trois heures hebdomadaires de LSF sont effectuées par Lionel Cloître, un formateur sourd de naissance.

« Obligé de lire sur les lèvres »

Ils sont douze au total, avec Sabine, à suivre ce cours appelé « Pi sourd » (un deuxième groupe est en projet). « Comme la plupart des sourds et malentendants, je n’ai jamais appris officiellement la langue des signes. C’était interdit ! On était obligé d’oraliser et de lire sur les lèvres. »

Un « traumatisme » pour Sabine, qui avait aussi des difficultés avec la langue française. Elle a appris la langue des signes français « en cachette », avec d’autres malentendants, mais sans jamais apprendre sa grammaire ou sa syntaxe. « Désormais, j’acquiers du vocabulaire. Je découvre d’autres façons de « signer » et d’utiliser la LSF. J’enrichis aussi mon français. Ça me rassure. Et j’apprends notre identité culturelle. »

Une « culture sourde »

La LSF est un des fondements de la « culture sourde », revendiquée par de nombreux sourds. Elle est utilisée par 100 000 à 200 000 personnes. Cette langue a été créée entre 1760 et 1780 par l’abbé de l’Épée. Mais en 1880, il est décidé de l’abandonner au profit de l’oralisme : les sourds doivent parler pour s’intégrer dans la société. « 80 % des sourds sont devenus illettrés ! » dénonce Laëtitia Morvan, présidente du Collectif des sourds du Finistère.

Cette langue à part entière a aussi été considérée étrangère à l’unité de la République, comme le breton et les langues régionales. « La seule langue, c’était le français », rappelle Michel Jézéquel, directeur général de Don Bosco. La LSF a été réautorisée en 1991, reconnue en 2005, avec la loi du 11 février sur le handicap.

Même si elle n’était pas enseignée, la langue des signes a perduré. « Le tabou a sauté en 1993 avec Emmanuelle Laborit », explique Lionel Cloître. Cependant, beaucoup de sourds la pratiquent sans véritablement en connaître les règles. Ils font des « fautes » et s’interdisent de faire appel à un interprète. Ils se retrouvent isolés. « Apprendre la LFS aide à prendre confiance en soi, à devenir autonome. »

Source : http://www.ouest-france.fr © 11 Avril 2011 à Brest

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