La main des sourds

Un accusé sourd et muet jugé pour viols sur sa belle-fille mineure

Le procès de Jean-Louis Jacob, 55 ans, sourd-muet, accusé de viols sur sa belle-fille mineure, s’est ouvert jeudi à Chartres.

C’est le silence qui règne dans ce procès un peu particulier. D’abord, le silence de l’accusé, sourd-muet, qui communique en langue des signes et émet quelques rares sons aigus. Les longs silences, ensuite, au cours de l’audience, lorsque les interprètes traduisent les questions et les réponses. Le silence, enfin, qui a imposé sa loi pendant cinq ans. Cinq années durant lesquelles la victime mineure s’est tue et a subi les viols commis par son beau-père.

C’était devenu une « habitude », d’après les termes mêmes de la victime. Plusieurs fois par semaine, puis « seulement » le week-end quand elle était en internat. Jean-Louis Jacob, 55 ans, abusait de la fille de sa compagne, dans leur maison de Chuisnes. Les premières caresses sur le sexe ont débuté en 2003, quand l’enfant avait 10 ans, et les viols se sont répétés jusqu’en novembre 2008. C’est à cette date que la jeune fille, alors âgée de 15 ans, a trouvé le courage de porter plainte au commissariat de Chartres.

Chantage et cadeaux

Depuis 26 mois, son ex-beau-père est incarcéré à Chartres. L’accusé a tout de suite reconnu avoir eu des relations sexuelles avec sa belle-fille, sans arriver à parler de viols : « Pour moi, il y a une notion de violence, disait-il aux enquêteurs. Mais je n’ai jamais été violent. Je n’ai pas déchiré ses vêtements. » Hier, pourtant, il avouait qu’il y avait bien eu viols sur sa belle-fille.

« C’est venu comme ça, un soir. Je suis mauvais dans ma tête, explique-t-il. Je pensais à ça, j’en étais obsédé. Mais j’étais aussi très angoissé, je lui demandais si ça allait. Mais je réalise maintenant qu’elle était très petite » Pour acheter son silence et « rééquilibrer les choses », Jean-Louis Jacob gâte la petite : « Je sentais que je l’avais un peu obligée à faire ça. Donc, je lui disais “Merci” et je lui donnais de l’argent. Je me sentais redevable », raconte-t-il. Sans compter les nombreux cadeaux : téléphone portable, bijoux et vêtements qu’il lui offre.

Mais ce qui retient surtout l’enfant de parler, c’est le chantage qu’il lui fait. Il la menace notamment de quitter sa mère et de se suicider si elle révèle les faits. Alors, pour ne pas faire éclater la cellule familiale, la jeune fille ne dit rien. Et surtout pas à sa mère, qui dit n’avoir jamais rien remarqué. Hier, à l’audience, cette femme de 39 ans, elle aussi sourde et muette, a continué à se placer dans le camp de son compagnon. Répondant systématiquement à côté, elle a même chargé sa fille : « Elle a tout gâché, affirme-t-elle. Avant, la famille était bien unie. » L’adolescente n’a plus de contact avec elle depuis deux ans et l’appelle par son prénom : « Pour moi, ce n’est plus ma mère. Elle n’existe pas. Elle n’a pas eu un comportement de mère », dit-elle en pleurant.

Quant à son beau-père, lui aussi victime d’un pédophile et témoin des ébats de sa mère quand il était petit, il semble parfois ne pas réaliser les conséquences de ces viols. « Il a un réel sentiment de culpabilité, il sait que ce qu’il a fait n’est pas bien et dit que tout est de sa faute. Mais il n’intègre pas la dimension de l’autre », analyse le psychiatre.

Il ne manifeste donc aucune compassion pour sa victime. Seulement des excuses : « Je voudrais lui demander pardon. J’ai les larmes qui montent. Je ne voudrais pas qu’elle ait peur de moi. » Ce procès, ouvert au public, doit se terminer ce soir. L’homme encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Source : http://www.larep.com © 04 Février 2011

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.