La main des sourds

Quand les beaux-arts s’ouvrent aux sourds

Avant-première. L’Esbam (Ecole supérieure des beaux-arts de Marseille) accueille des étudiants sourds et malentendants, et facilite le suivi de leurs études. Retour sur ce programme pilote intitulé Pisourd.

Passage de bilan, avec présence d’une interprète LSF de l’ASIP (Association des sourds et des interprètes de Provence), prestataire impliqué depuis la création du programme

A l’origine de Pisourd : la volonté d’un artiste enseignant de l’Esbam, habitant près de l’Institut national des jeunes sourds à Paris, de mettre en place un programme afin de permettre à ce public de poursuivre des études d’art dans les meilleures conditions. C’était il y a une dizaine d’années.

Comment intégrer Pisourd ?

Sésame pour intégrer l’Esbam : le concours qui a lieu début mai (épreuves théoriques et plastiques, épreuve d’anglais, présentation d’un dossier et entretien avec un jury). Les sujets des épreuves sont adaptés pour les candidats sourds. A savoir : tiers temps légal si demandé, mode de communication choisi… mais également artiste sourd parmi les membres du jury, présence d’interprète français LSF (langue des signes française), épreuve d’anglais facultative, sujets adaptés (moins d’écrits, plus de rendus image)…

Parmi les étudiants sourds ou malentendants admis, certains viennent de l’INJS (Institut national des jeunes sourds), d’autres d’établissements du milieu ordinaire. Souvent, ils ont déjà suivi une formation en arts plastiques ou une préparation au concours d’entrée. Bien que le bac ne soit pas requis pour eux, dérogation oblige, ils tiennent à l’obtenir avant d’intégrer l’école.

Après une 1re année commune, des cursus en 3 ou 5 ans (DNAP – diplôme national d’arts plastiques, DNSEP – diplôme national supérieur d’expression plastique) leur permettent de s’orienter soit en art (art visuel, sculpture, multimédia…), soit en design (design d’objets, design d’espace…).

Un accompagnement pédagogique

Parmi les adaptations mises en place pour Pisourd, un service de visio-interprétation fonctionne en partenariat avec Websourd. Un logiciel permet à l’étudiant sourd de communiquer avec une personne entendante : il s’exprime par l’intermédiaire d’une webcam tandis qu’un interprète à distance traduit la conversation oralement pour la personne entendante ou, inversement, en signes pour l’étudiant sourd.

Autre aide avec le monitorat. Une coordinatrice pédagogique organise un planning d’interprétariat, anime des réunions pédagogiques, planifie les prises de notes des cours par des étudiants entendants rétribués. Enfin, la LSF est enseignée pour favoriser les échanges sourds-entendants, les rendus peuvent être filmés pour pallier les problèmes liés à l’écrit, et un travail de recherche linguistique sur des concepts théoriques et/ou artistiques non traduits en LSF est mené.

En conclusion : un bénéfice pour tous

Premier bilan ? Sur une dizaine d’étudiants inscrits à l’Esbam depuis la rentrée 2006, 4 ont obtenu leur diplôme, 2 avec mention et 2 avec félicitations du jury ; les autres sont en cours de cursus…

Quant aux particularités liées au langage gestuel, l’utilisation de l’espace pour communiquer, elles rendent évidente la place des sourds en école d’art car l’adaptation nécessite une nouvelle façon de voir qui est créative. Ainsi, dernièrement, un étudiant travaillant le son s’est demandé comment toucher le public sourd. Il a reconsidéré entièrement son travail de présentation du son et a pu le rendre visible à travers le mouvement de l’eau. Du coup, cela devenait accessible à tous.
A noter : journée portes ouvertes
le jeudi 16 mars 2011, de 9 h à 18 h.

Source : http://www.onisep.fr © 11 Février 2011

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