» C’est une langue à part entière !  »

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Chrystell Lamothe, assise, intervient comme interprète à l’école Paul-Blet à Poitiers, plusieurs fois par semaine (sur la photo dans la classe de CE1 en présence de l’institutrice Valérie Savin)

Pour vous parler, Chrystell Lamothe plante son regard dans le vôtre. Une seconde nature pour cette « militante » de la première heure. Elle ne joint pas les gestes à la parole non plus. Ses mains s’animent uniquement pour communiquer dans une autre langue, celle des signes, celle des sourds. Depuis 30 ans, l’association 2LPE (*) qu’elle dirige développe la thèse qu’«un enfant sourd a le droit d’être un enfant tranquille et d’avoir sa vie d’enfant ». « Un enfant sourd n’est pas un enfant qui a des problèmes de santé. Il peut avoir exactement la même éducation qu’un enfant entendant, pose calmement Chrystell Lamothe. Et avoir ces connaissances passent effectivement par la langue des signes ».

Manque d’offre

Dans le discours de Chrystell Lamothe, pas de dogmatisme. Et, si peu de parents choisissent pour leur enfant sourd la scolarisation bilingue (2 %), c’est selon elle, « à la fois à cause d’un manque d’offre mais aussi parce qu’on leur propose rarement. Les professionnels de santé les orientent plutôt vers les prothèses ou les opérations. Si ça fonctionne parfois, ce n’est pas dans la majorité des cas. Et à ce moment-là, l’enfant a déjà perdu plusieurs années de sa vie sans réussir à bien communiquer. Et il faut considérer aussi la souffrance des parents. »
Sans l’opposer à tout crin à la méthode de l’oralité, Chrystell Lamothe voit dans la pratique de la langue des signes l’approche d’une vraie culture et surtout un moyen de rentrer en communication rapidement. « C’est une langue, au même titre qu’une langue étrangère ou régionale ! Il est vrai qu’elle a été longtemps interdite d’utilisation, dans l’enseignement, en France. Seulement des linguistes s’y sont intéressés et ont reconnu toute sa richesse. Cependant, il reste une différence entre la langue des signes pour adultes et celle pour enfant – puisque là on cherche plutôt le dépistage précoce et l’orthophoniste. Il y a un vrai déséquilibre. »
Les premières classes bilingues ont été mises en place en 1984. Poitiers faisait partie du peloton de tête. Aujourd’hui l’association 2LPE accompagne les élèves de la maternelle à l’université.

(*) 2LPE : deux langues pour une éducation.

Source : http://www.lanouvellerepublique.fr © 31 Janvier 2011 à Poitiers

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