Pour sortir du silence

Les cinq élèves d’Antoine Billy sont aussi sensibilisées aux circonstances auxquelles les sourds sont quotidiennement confrontés.

Une formation intensive est proposée par des sourds aux entendants.

L’apprentissage n’est pas banal. La langue des signes enseignée aux entendants étonne. Pourtant, Antoine Billy, le président du Centre régional de recherche de formation et de la promotion de la langue des signes (CRRFPLS), qui s’est lancé contre les clichés depuis une vingtaine d’années, veut en faire une normalité.

Elles sont cinq, ce jour-là, à suivre une semaine intensive de formation. Infirmière ou assistante pédagogique, par le biais de leur travail ou dans leur vie personnelle, ces femmes sont tous les jours au contact d’un sourd-muet. Au-delà de la communication, c’est l’intégration dans notre société que le président de l’association veut atteindre.

Écriture interdite

Sourd de naissance, Antoine Billy a créé avec Nana Hasnaoui, entendante, l’association de formation il y a trois ans. « Je suis l’attachée de communication, mais j’ai surtout le rôle d’interprète, raconte-t-elle. Pour les cours de premier niveau, ma présence est indispensable. » Car lors des leçons à la Maison des associations de santé de La Rochelle, et malgré la présence d’un tableau noir, l’usage de l’écriture est interdit.

Le dialogue se fait essentiellement avec les signes, voire les mimes, parfois. Les cours se déroulent une semaine par mois, à raison de trente heures sur le site de La Rochelle. « Le CRRFPLS est basé à Poitiers. Nous circulons sur une grande zone : La Rochelle, Angoulême et Limoges », rajoute l’interprète. Coûtant entre 150 et 495 euros, la formation se divise en 14 niveaux et emploie quatre professeurs, également sourds.

« Pour apprendre au mieux la langue des signes, il est primordial de le faire avec plusieurs personnes. C’est comme les voix aiguës ou graves, chaque formateur a son propre langage. »

Pour Antoine Billy, le constat est alarmant, même si depuis la loi de 2005, qui oblige l’accessibilité aux personnes sourdes, l’indifférence est moindre. « Il existe très peu d’interprètes de la langue des signes, constate-t-il. Il est indispensable que les entendants sachent dialoguer avec des sourds-muets. Il faut créer des liens. Je pense aussi que c’est un moyen de communication qui peut apporter à d’autres personnes victimes de handicap, comme les enfants autistes par exemple. Susciter leur gestuelle peut les aider. »
Les signes en prison

Cette sensibilisation s’inscrit dans une démarche entreprise à tous les niveaux. « Nous intervenons aussi à la prison de Poitiers, continue Antoine Billy. Je me demandais comment un détenu pouvait communiquer avec un surveillant. Il fallait faire quelque chose, c’était évident. »

Malgré les apparences, l’enseignement de la langue des signes se fait aussi facilement que l’apprentissage d’un idiome parlé. « C’est une langue à part entière, réagit Anne, élève en formation. La différence c’est qu’il faut mêler le geste à l’esprit. C’est une instruction en trois dimensions. » « C’est une langue qui se ressent, qui se vit, rajoute Corinne, une autre disciple. Elle permet d’exprimer des choses impossibles à dire avec des mots. »

Antoine Billy sensibilise aussi ses étudiantes aux quotidiens des malentendants. Pourtant, la première chose apprise, c’est « qu’il faut être très attentif. On n’a pas le droit de détourner les yeux l’espace d’un instant », termine une troisième élève.

CRRFPLS, 6, allée du Parc, résidence Les grandes Dunes, à Poitiers. Tél. 05 49 38 07 53 ou 06 60 06 87 88. E-mail : signespoitiers@wanadoo.fr. Site : lsf-poitiers.org. Les cours sont dispensés à la Maison des associations de santé de La Rochelle, une à deux semaines par mois, au 10, rue de Guignette.

Source : http://www.sudouest.fr © 19 Janvier 2011 à La Rochelle

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