Ma vie de sourd : la colère et l’humour contre les tabous

C’est un ballon d’essai pour entrouvrir le sas de communication avec les entendants. Le 22 janvier à Brest *, une pièce de théâtre en français oral et langue des signes se jouera pour la première fois pour un public mixte.
L’idée avait germé dans la tête de Lionel Cloître, enseignant en LSF, depuis un bon moment. Sourd de naissance, il voulait tout simplement briser l’omerta: «j’avais cette envie que, dans le Finistère, les entendants portent un regard différent sur les sourds, leur vie quotidienne. Et exprimer aussi une colère : nous rencontrons de nombreux problèmes d’accès à beaucoup de choses, souvent parce que les entendants estiment que c’est aux sourds de faire des efforts, de lire sur les lèvres… Mais nous avons nous aussi une langue : et nous avons besoin d’interprètes pour nous faire comprendre !»
Avec l’appui de l’Amicale des sourds du Finistère, Lionel Cloître s’est ainsi improvisé metteur en scène, pour une troupe composée de quatre sourds et deux entendants. Au menu : la vie des sourds, donc, dans toutes les difficultés du quotidien. Du vendeur de téléphones mobiles qui ne comprend pas la volonté du sourd d’acheter un portable, au médecin qui ne peut communiquer avec son patient, en passant par le parcours du combattant pour commander un verre dans un bar… Les scènes de vie s’égrènent, sur un jeu facétieux où ce sont finalement les sourds qui rient de leur propre «malheur», trop habitués à la «surdité» des entendants. Une vraie leçon de vie donc… Qui sera le 22 janvier traduite en français oral et en LSF, pour accueillir tous les publics. Un échange, avec interprétariat assuré est également prévu à l’issue de la représentation.

• Ma vie de sourd, le 22 janvier au Centre social de Bellevue, à 18 h (2 euros pour les adhérents de l’Amicale des sourds du Finistère; 5 euros tous publics, à partir de 7 ans). À14 h, conférence (avec interprète) « Que faisaient les sourds dans les années

Entendante sur le bout des doigts !

Le 22 janvier, Géraldine jouera le rôle de l’entendante qu’elle aurait pu être, si elle n’avait pas eu «le coup de foudre» pour la langue des signes. «Il y a deux ans, j’étais en recherche de reconversion professionnelle. Avec un cursus dans les langues, et un parcours professionnel en tant que monitrice en maison familiale. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré un jeune malentendant… Et que j’ai eu le déclic: petite, j’avais toujours été fascinée par le mime et le théâtre en général. Cette fois, il s’agissait de me former pour les publics dits différents de la maison familiale, où nous accueillons souvent des malentendants. »

« DES SITUATIONS SOCIALES INTOLÉRABLES ! »
Son employeur accepte son projet, qu’elle mène grâce à son Droit individuel à la formation. Sans objectif précis au départ: «En tant que linguiste, je trouvés, cette Jangue, tout simplement belle ! Et puis, je me suis immergée dans la réalité de la communauté sourde, je m’y suis fait des amis… J’ai alors mis le pied dans la réalité de situations sociales intolérables. Je ne pouvais pas rester simple observatrice face à tant d’injustice, d’imbécillité, d’indifférence voire de cruauté vis-à-vis des personnes sourdes!» Aujourd’hui, Géraldine va encore plus loin et démarre une nouvelle formation, à Paris, dans le but de devenir interprète.
Alors quand, cet été, Lionel Cloître lui propose de participer à Ma vie de sourds, Géraldine n’hésite pas. Et si l’actrice en herbe maîtrise désormais le BA-ba et bien plus de la LSF, c’est bien le rôle des entendants… quelque peu bouchés face aux besoins des sourds qu’elle a accepté de jouer. «L’on ne se rend pas compte des problèmes permanents auxquels sont confrontées les personnes sourdes ! J’espère que cette pièce pourra sensibiliser les gens sur cette réalité, » ,

Source : ? – Janvier 2011 à Brest

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