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La langue des signes veut entrer à l’hôpital

Les sourds hospitalisés sortent, pour la plupart, en colère du CHU. Avec des tas de questions sans réponse, sur leur maladie et leur traitement. Aujourd’hui, ils demandent l’ouverture d’un pôle en langue des signes.

Reportage

Leur témoignage est poignant. C’est un homme transporté aux urgences pour une occlusion intestinale. Qui se tord de douleur dans un coin, sans comprendre ce que les médecins décident pour lui. Une femme qui passe des heures dans la salle d’attente. Parce qu’on l’a appelée mais qu’elle n’a, bien sûr, pas entendu. Un père qui voit son petit garçon transporté à Nantes. Et qui ne sait rien de ce qui va se passer…

Fait pas bon être sourd et malade dans un monde de plus en plus déshumanisé. Alors, samedi dernier, à Angers, les sourds de Maine-et-Loire ont lancé publiquement leur demande d’une Unité d’accueil et de soins en langue des signes (UASS-LS) au CHU. Avec un appui de poids : le docteur Jean Dagron, venu de Marseille. C’est lui qui, le premier en France, a soigné les sourds dans leur langage.

Nadia boursin pilote le projet << pole en langue des signes à l’hopital>>, à l’association des sourds de Maine-et-Loire

Merci le sida !

En 1995, il ouvre le premier pôle en langue des signes française à la Salpêtrière, à Paris. « On nous disait : il n’y a pas de problème avec les sourds. Vous en verrez à peine 200 par an, ironise ce pionnier. On en a eu 2000 en trois ans ! » Depuis, douze autres unités de ce type ont ouvert en France. Dont une dans le grand ouest, à Rennes. Elles ont déjà reçu 10 000 malades.

Il a fallu le sida pour que les pouvoirs publics mesurent le grand isolement des sourds. « Des sourds mouraient du sida parce qu’ils devaient faire appel à un membre de leur famille pour traduire en consultation, explique le docteur Dagron. Alors, ils préféraient ne pas consulter. » Ou, lorsqu’ils le faisaient et qu’on leur annonçait le diagnostic, « ils ne savaient pas ce qu’était le sida ! »

Bientôt à Nantes

Spécialiste du fléau, Jean Dagron a tiré la sonnette d’alarme. Une chance : il « signait » et il a ouvert la voie (1). Depuis, la langue des signes est reconnue comme une langue à part entière de la République et les UASS-LS dotées d’une charte très précise. Elles doivent regrouper trois professionnels la maîtrisant parfaitement : un médecin généraliste ou un interne, un interprète, un travailleur social. Plus un soignant ou un médiateur sourd.

« Nous progressons », se félicite Jean Dagron. En 1995, deux médecins connaissaient la langue des signes dans les hôpitaux français. Ils sont 26, pour 80 000 sourds signeurs. La France comptait une centaine d’interprètes diplômés.

Ils sont 300, ce qui est encore très en dessous des normes européennes.

Deux unités vont voir le jour à Nantes et Poitiers. Mais les sourds d’Anjou en veulent une au plus près des malades. « Il y a beaucoup de cancers non dépistés chez les sourds, rapporte Jean Dagron. Beaucoup de diabétiques sans insuline. Beaucoup plus de césariennes. Et beaucoup d’anxiété due au vide de communication avec le monde entendant. » L’ouverture d’un pôle à Angers est donc, à ses yeux, totalement justifiée.

(1) Il a publié en 2008 Les silencieux, Chronique de vingt ans de médecine avec les sourds (ed. Decitre).

Source : http://www.ouest-france.fr © 09 Novembre 2010 à Angers

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