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Fabrice Bertin ou le rêve d’une minorité enfin visible

 

Sourd et professeur d’histoire à l’université de Poitiers, Fabrice Bertin vient de lancer une collection littéraire. Rencontre avec le fondateur de ” Surditudes ”.

B eaucoup de gens ne veulent pas comprendre ce que sont les sourds.
Quand il parle de surdité, Fabrice Bertin est intarissable. Quand il parle… On devrait dire : quand il signe. Car ce jeune professeur d’histoire-géographie est sourd. Ce qui ne l’a pas empêché de décrocher son Capes, malgré les bâtons que le ministère de l’Éducation nationale a essayé de lui mettre dans les roues. « J’ai subi ce qu’on appelle une ” intégration sauvage ”, explique-t-il. De la maternelle jusqu’à l’université, j’étais dans des classes où tous mes camarades étaient ” entendants ” et je n’avais pas d’interprète pour me traduire les cours. Quand j’ai voulu passer le Capes, le ministère a refusé que je m’inscrive, mais je me suis battu et je l’ai obtenu. »
Désormais professeur d’histoire-géographie, Fabrice Bertin est également chargé de cours à l’Université Paris VIII-Saint Denis (dans la licence pro « langue des signes ») et il enseigne dans le cadre de la toute nouvelle licence de langue des signes qui a été créée à l’université de Poitiers.

” Les sourds une minorité invisible ”

En février dernier, le Poitevin a publié son premier livre : « Les sourds, une minorité invisible », aux éditions Autrement. « Un livre généraliste, à destination du grand public », explique le jeune professeur. Un livre où il décrypte « la construction historique et anthropologique d’une culture des sourds : la langue des signes française, la médicalisation de la surdité, l’éducation et l’intégration, la reconnaissance émergente d’une communauté attachée à sa singularité ». Autant d’étapes qui ont marqué l’histoire d’une culture particulièrement riche mais largement méconnue.
Vendredi après-midi, avec une centaine de sourds venus de toute la région et même au-delà, il a participé à la manifestation organisée au centre hospitalier universitaire de Poitiers (lire notre édition de samedi). Car il a beau avoir des difficultés à se déplacer, Fabrice n’aurait raté pour rien au monde ce rassemblement bruyant et très visible qui a bousculé la torpeur du CHU. « Une fois encore, l’histoire se répète, déplore-t-il. C’est un nouveau déni. »
Et pour que la parole soit symboliquement rendue aux sourds, Fabrice Bertin a décidé de créer une collection littéraire, avec les éditions Monica Companys.

Collection particulière

« En lançant ” Surditudes ”, je veux proposer une synthèse de la réflexion que je mène depuis plusieurs années sur la culture sourde. » Le premier titre de cette collection, intitulé « Ferdinand Berthier ou le rêve d’une nation sourde », vient de paraître. Comme un appel auquel nul ne saurait rester sourd.

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Une série de conférences par et pour les sourds

Vendredi 17 décembre, Fabrice Bertin donnera une conférence à l’Espace Mendès-France de Poitiers. Intitulée « Les sourds, une minorité invisible », elle inaugurera un cycle mis sur pied par le Centre d’information sur la surdité Poitou-Charentes (CIS).

« L’idée est d’inverser le déroulement habituel des conférences, explique Jérôme Laubreton, qui fait partie du comité d’organisation. En général, les conférences accessibles aux sourds sont animées par des personnes entendantes et traduites par un interprète. Là, ce sont les conférenciers qui interviendront directement en langue des signes. La traduction sera destinée aux entendants. »
Après cette première conférence, d’autres rendez-vous sont prévus dans le courant de l’année 2011 : une conférence sera consacrée à l’astronomie ; une autre au théâtre, avec la venue annoncée de l’actrice Emmanuelle Laborit ; et une dernière à l’éducation bilingue.

« Les sourds, une minorité invisible », conférence de Fabrice Bertin, vendredi 17 décembre, de 18 h 30 à 20 h 30, à l’Espace Mendès-France, rue Jean-Jaurès à Poitiers. Gratuit.

Source : http://www.lanouvellerepublique.fr © 12 Décembre 2010 à Poitiers

2 commentaires
  1. sylvie dit

    bonjour
    Moi qui a connu plusieurs systèmes scolaires de la maternelle à ma formation de BTS ESF (économie sociale et familiale),sourde profonde sans appareil,j’ai très envie d’écrire un livre qui fait réfléchir à tous,j’aurai pour titre “L’école arc-en-ciel”,est ce que quelqu’un pourrait m’aider à réaliser cela?.sourdialement

  2. AUFFRET dit

    Bonjour, est il aussi mal voyant ? à cause de son chien ?
    merci de me répondre
    Patrick

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