La main des sourds

Les sourds se mobilisent contre le dépistage précoce de la surdité

Demain, un collectif de citoyens sourds manifestera à Lyon pour s’opposer au vote d’une proposition visant à détecter dès la naissance la surdité d’un enfant

Philippe Touchais, membre du collectif de citoyens sourds et entendants de Bourg et de l'Ain aux côtés de David Liatout, représentant quatre associations de sourds de Bourg

Une journée morte de la langue des signes. Demain mardi, un collectif de citoyens sourds et entendants de Bourg et de l’Ain vont manifester à Lyon devant la préfecture régionale. Ce jour-là, mais aussi le 1er décembre, une proposition de loi sur le dépistage précoce des troubles de l’audition, datant de juillet dernier, doit être étudiée à l’Assemblée nationale.

Membre du collectif, Philippe Touchais exprime son inquiétude et son désaccord sur ce texte : « Il s’oppose à la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Le document permet en effet le libre choix des parents entre la communication orale et la communication bilingue (langue des signes française et langue française). Or, selon Philippe Touchais : « Cette proposition de loi focalise sur la communication orale au détriment de la langue des signes. Nous vivons ça comme une régression. »

Si, actuellement, le dépistage demeure trop tardif, à savoir entre deux et trois ans lors de l’acquisition de la parole, le faire dès le deuxième jour après la naissance apparaît trop précoce. « Il met de côté la relation humaine qui se crée dès les premiers jours entre la mère et l’enfant et ne prend pas en compte la réalité du choc de l’annonce du diagnostic précoce de la surdité de l’enfant aux parents dès les premiers jours de vie. » Les associations proposent donc d’attendre les trois mois de l’enfant, un délai qui leur semblerait plus raisonnable avec un nouvel examen à 6 mois pour confirmer ou pas le diagnostic. Les sourds reprochent également aux députés de ne pas avoir été consultés. « Nous avons seulement pris connaissance du texte le 17 novembre. Nous avons alors été choqués par le fait que la surdité est considérée comme une maladie grave qu’il faut soigner. Or, les parents ont le choix de refuser », souligne David Liatout, représentant de quatre associations de sourds de Bourg. Ce dernier a mené des démarches auprès des députés et sénateurs de l’Ain afin d’ouvrir le débat. « Nous souhaitons suspendre le vote de cette loi et réétudier tous ensemble la situation. »

Interrogé sur la question, le député Xavier Breton a bien entendu leurs doléances : « Nous ne pouvons pas aborder un texte en disant il est tout bon ou tout mauvais. Cette proposition part de bonnes intentions pour améliorer la prise en compte du déficit auditif. Cependant, elle n’est pas soutenue pas les associations. À sa lecture, j’ai cependant eu le sentiment qu’elle contenait plus d’inconvénients que d’avantages. L’approche reste trop médicale et ne prend pas assez en compte la dimension humaine et psychologique. Je ne suis également pas sûr qu’une loi soit indispensable sur le sujet. Nous pourrions nous contenter de nous baser sur les pratiques des associations et du personnel de santé. Je ne voterais donc pas ce texte. Après, il reste le débat avec des éventuels amendements… »

Source : http://www.leprogres.fr © 29 Novembre 2010 à Lyon

1 commentaire
  1. daniel dit

    il faudrait libeller autrement car on a l’impression qu’il y a refus du dépistage,ce qui n’est pas le cas.pourquoi ne pas positiver et écrire POUR le dépistage à partir de l’age de 3 mois?
    (je suis père d’une enfant sourde et j’ai du exiger le dépistage à l’age de un an .c’était il y a 35 ans)

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