« Les sourds vous parlent! Vin kouté yo »

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Une semaine pour venir en aide aux sourds et pour qu’on les voit. La manifestation « Les sourds vous parlent » aimerait changer le regard porté sur eux. La langue des signes est une langue à part entière. Minorité culturelle, les sourds ne sont pas des handicapés.

Fabrice Bertin (sourd, professeur d'histoire et géographie, chargé de cours à l'université Paris-VII, à gauche sur la photo) avec les Dr Jérôme Laubreton (médecin généraliste bilingue, au centre) et Dr Alexis Karacostas (psychiatre et psychothérapeute, à droite) ont été invités à intervenir lors de la conférence de ce soir, à 19 heures, à la cité des Métiers au Raizet.

La manifestation « Est-ce que la cour dort ? Les sourds vous parlent! » en est à sa deuxième édition. Jusqu’à demain, des praticiens médico-sociaux, les associations de sourds vont débattre avec des professionnels et le public sur l’audiocentrisme, communiquer l’expérience de terrain et des avancées en quinze ans d’action. Geneviève Pomet, présidente de l’association « Bébian, un autre monde » , sait qu’il y a un long chemin à parcourir : « La seule université pour former les sourds (avocats, médecins…) est à Washington. Nous en sommes loin. La loi de 2005 reconnaît la langue des signes comme langue à part entière. Nous espérons un accueil hospitalier bilingue. On aimerait que l’on considère les sourds comme une culture pour que le regard change. »
Comment s’informer d’une grève, d’un cyclone ou encore des conséquences d’un tremblement de terre ? Des évidences pour les entendants, des informations souvent inaccessibles pour les sourds. Les trois associations (Assia, Bébian et ACSSG) se sont regroupées en fédération pour être plus fortes et surtout pour être entendues. Ces personnes bénévoles, concernées de près ou de loin, ont pris à bras-le-corps cette « juste » cause, afin de rendre plus facile la vie des sourds. Leur principal souci est de trouver un lieu de rencontres, un foyer où ils pourront recevoir les sourds en difficulté et les soutenir dans leurs démarches administratives, éducatives et médicales. « Sans local, on ne peut pas avancer » , insiste Geneviève Pomet. « Nous comptons sur l’aide de nos décideurs. Nous avons déjà un réseau. Sans bureau, sans ordinateur… On n’y arrive pas. »

Monique Coutepéroumal, à droite, est présidente d'Assia. Elle discute avec Guy Spady en langue des signes. Un monde qu'elle a découvert cinq ans avant la retraite. « J'ai voulu me former car je connaissais Vénus et, quand elle venait à mon travail, personne ne voulait lui parler. » Aujourd'hui, elle déploie toute son énergie et consacre tout son temps libre aux sourds. « Pour que les enfants ne soient pas les parents de leurs parents et qu'on n'entende plus « sé malédisyon » . »

Vénus : « Je suis née sourde, je me suis battue »

Vénus Dolmare est membre actif de la Fédération des sourds de Guadeloupe. Educatrice spécialisée, elle vit en couple, conduit… mène une vie tout à fait normale. Elle déplore le manque de structures et de place accordées aux sourds.

« Ma mère a détecté ma surdité à l’âge de 4 ans » , raconte Vénus Dolmare en langue des signes. Plus de cinquante ans plus tard, Vénus vit en couple, exerce la profession d’éducatrice spécialisée et est indépendante. Elle ne l’a pas toujours été. « En revenant en Guadeloupe, j’étais protégée par ma famille, ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que j’ai compris qui j’étais, en échangeant avec des sourds en France. J’ai suivi une formation d’éducatrice spécialisée. Je voudrais repartir, être plus expérimentée pour revenir aider les autres. »
Vénus Dolmare consacre une grande partie de son temps à la Fédération. L’énergie qu’elle déploie ne reflète pas du tout son âge. « J’accompagne les sourds à la banque, à la Sécurité sociale, chez le médecin ou l’avocat. Je travaille à Saint-Vincent-de-Paul. J’initie les SDF à la peinture et aux activités culturelles. » Elle est pleine d’espoir et d’optimisme.
Vénus refuse de dire qu’il n’y a rien de fait pour les sourds en restant les bras croisés. « Grâce aux associations, à notre témérité et la réunion de nos efforts, nous allons y arriver. »
3 QUESTIONS A ESTELLE HENRY PRÉSIDENTE DE LA FÉDÉRATION DES SOURDS DE GUADELOUPE (FSG) : « Pour construire, il nous faut un local »

Pourquoi une fédération, les associations ne suffisaient-elles pas ?
Notre devise, c’est « sourd doubout! Pour qu’on ne parle plus à notre place » . Quand on se mobilise, on n’a pas de pouvoir si on est isolé. Ensemble, l’énergie est concentrée. Nous avons des besoins en accessibilité dans le milieu médical, dans les administrations. Nous n’avons pas de local, pas d’endroit où se rencontrer.
Vous avez vécu en France longtemps. Que pensez-vous de la situation des sourds de Guadeloupe ?
Quand je suis arrivée, j’ai trouvé la situation désespérée. J’avais envie de pleurer. J’ai pris conscience du retard accumulé. Comme je n’avais pas envie de repartir, je me suis dit qu’il fallait se battre.
Vous ne partez pas de zéro
Oui, particulièrement à l’école. Mais une fois sorti du circuit, le sourd est seul ou assisté par les parents. Il se referme sur lui-même. Sinon, nous n’avons aucune idée de ce qui se passe. Nous n’avons pas le nombre de sourds en Guadeloupe. Il est vrai que nous accompagnons les actions de la Sécurité sociale. Mais pour construire, il nous faut un local.

– IL A DIT… DR ALEXIS KARACOSTAS PSYCHIATRE ET PSYCHOTHÉRAPEUTE BILINGUE : « La langue des signes, c’est magnifique »

« J’ai approché le monde des sourds par les soins de la psychiatrie et de la médecine, et par rapport à notre comportement. La surdité a toujours constitué un point d’interrogation au monde des entendants. Je réponds à une demande de soins, de mieux-être, avec une dimension sociale. Je repère la régularité de la souffrance et je m’interroge sur le contexte sociétal. J’ai envie de sortir du schéma assistantiel. Je sais aider, mais je ne veux pas faire à leur place. La langue des signes, c’est magnifique. »

– Les sourds : des oreilles à réparer ?

Il s’agit d’aborder la question de l’audiocentrisme : pouvoir entendre, au sens auditif du terme, est-ce la seule façon viable et crédible de comprendre l’existence ? Doit-on subordonner toutes les façons d’exister à cette faculté ? Tout centrer sur elle ? Faut-il absolument réparer l’audition des sourds pour gommer leur différence d’avec la majorité entendante ? Des questions qui pointent les difficultés qu’ont les sourds à se faire faire une place dans la société. Du système éducatif au système de santé, ils sont relégués à des positions d’exclusion, de souffrance et d’oppression.

Associations :

– Bébian, un autre monde. Geneviève Pomet, présidente, 0690 37 39 27  ou genevieve.pomet@wanadoo.fr
– Assia, Association pour l’information sociale des sourds adultes.
– ACSSG, Association culturelle et sportive des sourds de Guadeloupe.

– RENDEZ-VOUS

Conférence-débat ce soir, à la cité des Métiers du Raizet, sur le thème « Les sourds : des oreilles à réparer ? » Rendez-vous à 19 heures. Une signature de livres est prévue.

Source : http://www.guadeloupe.franceantilles.fr © 29 Octobre 2010 à Guadeloupe

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