Sourds, ils apprennent leur langue aux habitants

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Estelle et Mickaël, devant le calendrier des mois de l'année, initient les habitants à la langue des signes.

Pour communiquer avec un couple de malentendants récemment installés à La Brûlatte (Mayenne), une quinzaine de villageois s’initient à la langue des signes. Même le maire s’y met.
Reportage

« Aujourd’hui, on va réviser l’alphabet et les mots qu’on a appris la semaine dernière. » Assis en cercle, une quinzaine d’habitants de La Brûlatte, adultes et enfants, ont pris place autour d’Estelle, sourde, et Mickaël, malentendant, pour apprendre la langue des signes. L’idée est partie de Jérôme Galard, animateur à l’Observatoire populaire de Laval, leur voisin. « Ma femme Isabelle, qui travaille à la mairie, m’a indiqué qu’un couple avait acheté une maison en février dernier », explique Jérôme, qui souhaitait adapter ses sorties aux personnes sourdes. « Pour leur parler facilement, j’ai donc décidé d’apprendre la langue des signes et j’ai demandé au couple d’initier tout le monde. »

C’est ainsi que tous les mardis, de 19 h à 20 h, Estelle et Mickaël, heureux de voir que le village souhaite entrer en contact avec eux, ont ressorti leurs livres d’école. « J’ai soif d’apprendre, confie Hélène et c’est constructif de venir ici. De plus, je veux montrer à mon fils de 6 ans que ce n’est pas parce qu’on a un handicap qu’on n’est pas une personne intéressante. »

Pour Laëtitia, « c’est important de communiquer car, dans les associations, on croise souvent des sourds ». Marie-Jo, elle, qui travaille beaucoup avec des personnes malentendantes, évoque « le plaisir de s’ouvrir aux autres », le fait « qu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve ». Isabelle pense que connaître ce langage est « essentiel pour mon travail, mais aussi dans le milieu associatif. C’est gênant de toujours faire répéter. Mes deux enfants s’y sont mis aussi et on répète en famille. »

Des doigts agiles et rapides

Les mains des participants touchent leur visage, tournent sur elles-mêmes ou se rejoignent. La souplesse des doigts est essentielle pour que les interlocuteurs ne confondent pas un groupe et une famille, même si les deux mains font à peu près le même geste.

Ce langage inventé par l’abbé L’Épée procède d’une certaine logique. Pour dire « stupide », par exemple, deux doigts tapent sur la tête, « malin » sur la tempe. Quant aux mois de l’année, au programme ce soir-là, pour « janvier », on se touche alternativement les deux joues. « Parce qu’on se fait la bise », explique Mickaël. « Février », on touche son nez (rhume), « mars » on passe la main devant le visage pour évoquer carnaval, tandis que pour « avril », on fait le geste de sonner des cloches.

Mais tout n’est pas si facile qu’il y paraît. « Il faut dix ans pour parler, remarque Lucie, présidente de l’association des sourds de Laval et de la Mayenne, qui compte 80 adhérents sur les 800 personnes sourdes recensées dans le département. Le plus important, c’est de pratiquer. »

Avec leurs polycopiés sur les genoux, les élèves répètent dans la bonne humeur, inlassablement, les mêmes gestes. Ils sont guidés par Estelle et Mickaël, trop heureux d’initier à la langue des signes le premier village mayennais.

Source : http://www.ouest-france.fr © 07 Octobre 2010 à Laval

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