La main des sourds

” L’enfant sauvage ” ne retourne pas en prison

Angliers (Vienne). Sourd, muet, illettré, il avait tiré sur les gendarmes : les juges ont eu bien du mal à analyser cette triste affaire.

Ala fin de la foire d’Angliers, la population a l’habitude de se retrouver pour faire la fête au « troquet » local. C’est dans ces circonstances festives que, le 31 mai 2009, un portefeuille a disparu. Les soupçons n’ont pas tardé à se porter sur la famille D.
A Angliers, les D., on ne les aime pas beaucoup. Ils possèdent une petite bicoque mais préfèrent vivre dans leur caravane. Certains fils de cette famille de gens du voyage à demi sédentarisés ont déjà eu maille à partir avec les gendarmes.
Ces gendarmes qui, précisément arrivent au café pour mener leur enquête. « Celui qui a fait le coup, c’est le fils D., le gros, le muet ». Les gendarmes reconnaissent François. Or, chez les D., il y a plusieurs sourds et muets et il semble bien que François n’était pas là au moment des faits.
Les gendarmes se rendent sur le campement, visiblement pas pour sévir, mais pour tenter de ramener une nouvelle fois le calme entre la population du village et cette famille marginale. Mais François, les « bleus », il a juste appris qu’il faut s’en méfier comme de la peste.

Comme un enfant de moins de 4 ans

Alors François, aidé de son père, tente de prendre la tangente. Une poursuite s’engage entre l’un des gendarmes et le jeune handicapé de 22 ans, qui réagit impulsivement : d’abord un coup-de-poing qui n’atteint pas sa cible, puis une brosse jetée en direction du représentant de l’ordre, puis un coup de tournevis qui ne fait heureusement qu’érafler le bras du gendarme.
Les militaires appellent du renfort et font bloquer l’entrée du camp. C’est alors que François sort de la caravane où il s’était réfugié armé d’une carabine et tire une volée de plombs en direction des gendarmes.
Désarmé par son père, il est conduit à la maison d’arrêt de Poitiers où il va croupir pendant deux mois et demi. Une expérience terrible pour celui que la présidente du tribunal correctionnel qui le jugeait n’hésite pas à qualifier « d’enfant sauvage ».
François D ne parle pas du tout, ne connaît pas le langage des signes, n’est jamais allé à l’école et communique vaguement en mimant des objets, ne se faisant guère comprendre que de sa mère. Pour le reste, il passe sa journée à jouer aux petites voitures.
La psychologue qui a tenté de l’expertiser indique qu’il possède le développement intellectuel d’un enfant avant l’acquisition du langage. « Il a quatre ans dans sa tête, reconnaît le procureur Éric Virbel. Il a des peurs irraisonnées dont celle de l’ennemi pour la famille, c’est-à-dire le gendarme ». Son avocate, M e Anne-Hélène Dieumegard ne dit pas autre chose en exhortant le tribunal à éviter à François un retour derrière les barreaux qui lui serait fatal.
Comment dans ces conditions condamner quelqu’un à qui, autrefois, dans nos campagnes, on aurait donné le qualificatif d’innocent ? La justice n’a pas la réponse. François D., qui n’est pas venu à Poitiers, écope de 15 mois de prison dont 12 avec sursis. Une peine que personne ne pourra lui expliquer. Comme personne ne pourra lui faire comprendre qu’il ne retourne pas en prison.

Source http://www.lanouvellerepublique.fr © 08 Septembre 2010 à Angliers
1 commentaire
  1. CHAFFARD Zaïda dit

    Hé oui et les services sociaux ou les services postaux ou d’environnement au d’autre des passants? Ils n’ont rien vu …
    la crainte par certains gen de la population française ? quand il y a les vrais Sourds, on ne les voit pas ! On devrait compter tous les gens obligatoirement dans tous les pays, pour en compter la valeur des êtres humaines.
    Ha la vue et les ouïes des gens valides, n’apporteraient pas grande chose si seulement on osait faire part ou signaler…

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