Sous-titrer des films pornos pour sourds et malentendants, un job pas facile

Benjamins Gans, reporter à Street Press, raconte comment il a défriché une terre inconnue : le sous-titrage de films X pour sourds et malentendants, rendu obligatoire par le CSA depuis le 12 février 2010.

C’est en octobre 2009 (Canal Plus est prévoyant) que Benjamin se voit proposer cette expérience inédite dans l’histoire du porno. Sa mission, qu’il a acceptée, sous-titrer Les coquines de l’île de beauté en vue d’une diffusion au mois de novembre sur la chaîne cryptée : “Je ne fuis pas mes responsabilités, j’assume : je serai le Christophe Colomb des temps modernes, le Neil Amstrong de l’audiovisuel”.

Le sous-titrage de films pour sourds et malentendants, c’est au départ quelque chose de très sérieux. Pour ceux qui n’ont pas ou peu d’ouïe, les sous-titres de dialogues ne suffisent pas à tout saisir. Il faut raconter tel bruit (claquement de porte, vent dans les arbres), informer sur le type de musique qui passe (douce, militaire), décrire le ton sur lequel parle un personnage, etc. Mais pour un porno, c’est une autre paire de manche.

Sans références, Benjamin Gans a dû se débrouiller pour imaginer les commentaires les plus adéquats : “râle de jouissance” ou “jouissance intense” quand l’acteur éjacule sur le visage de sa partenaire, “claquements de fesses” pour signifier le bruit d’un postérieur féminin frappant contre un torse masculin, “bruit de succion” pour un dévorage de poitrine. Et on passe les plus graveleux.

Sa crainte de vite manquer de vocabulaire se confirme : “on a rapidement fait le tour avec une liste de noms communs: Cri – Gémissement – Râle – Jouissance – Respiration – Plaisir – Grognement. Et d’adjectifs: Long – Saccadé – Étouffé – Retenu – Aigu – Rapprochés – Crescendo – Intense.” Heureusement, comme le note Benjamin, on peut faire des combos pour varier les plaisirs : “Râle de plaisir intense – Respiration haletante et petits cris – Petits cris de plaisir crescendo – Long râle de jouissance.”

Passé l’amusement du début, le job commence à devenir sérieusement glauque quand Benjamin doit rameuter l’équipe technique à cause d’un bug qui se répète sur un gros plan bien vulgaire. Ou quand le responsable de Canal Plus lui affirme très sérieusement : “Tu gagneras peut-être un Hot d’Or !”, en récompense de cette grande première du film X. Perspective peu réjouissante pour notre ami…

Finalement, Benjamin acceptera de sous-titre encore deux films porno pour Canal Plus (Marie-Noëlle et L’Honneur des Mariani) avant de tirer sa révérence, écœuré. “J’ai eu à sous-titrer ces deux films en moins de 72 heures. Et mon niveau de saturation finit par atteindre un seuil critique au terme de cet exercice. Ils trouveront sûrement un autre Baudelaire pour ce boulot.”

Lire le témoignage complet de Benjamin Gans sur Street Press

Source : http://fr.news.yahoo.com © 07 Septembre 2010 à France

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