L’association Le Trèfle veut faire entendre la culture sourde et la langue des signes

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L’association Le Trèfle, créée en 1999 à Arras, a pour but de favoriser les relations entre entendants et sourds à travers diverses actions,
tout en améliorant l’accès à la culture pour ces derniers. Elle propose des cours de langue des signes, grâce à sa trentaine d’adhérents.

Priscille Broda, à gauche, médiatrice de l’association, propose des projets culturels aux sourds.

Écouter, c’est ce qu’il y a de mieux pour bien entendre. Mais rue de la République, dans les locaux de l’association, écouter n’a pas le même sens.

C’est un savoir. Savoir écouter les gestes, le corps, les expressions du visage, et en tirer les interprétations nécessaires. Une vraie science. Priscille Broda l’a étudiée, elle qui possède une licence en sciences du langage. Au sein de l’association depuis plus d’un an, elle en est la médiatrice, mettant en place des projets culturels. « J’ai toujours eu l’envie de participer à l’intégration de personnes dans la société. L’idée d’apprendre la langue des signes m’est venue au collège, un peu par hasard. J’avais vu un concert en langue des signes et j’ai de suite accroché », explique-t-elle. L’association monte un spectacle en langue des signes. Deux, trois représentations sont produites par an, et des cafés des signes sont également orchestrés régulièrement dans les locaux, pour faciliter le lien entre les sourds et les élèves entendants. « L’association compte une trentaine d’adhérents. En 2009, 376 adultes ont fait les trente heures de cours. La plupart sont des entendants. D’ailleurs, une vingtaine d’employés d’Ikea et trois employés du centre hospitalier d’Hénin-Beaumont ont été sensibilisés. Ils en sont au premier niveau. C’est vraiment utile pour les sourds dans la vie quotidienne. »
Une « culture sourde »

Car les difficultés rencontrées sont nombreuses. Ne serait-ce que pour aller à la banque ou chez le médecin. Carmen Flament, cofondatrice de l’association, en a fait l’expérience : « Avec mon mari, on a eu beaucoup de problèmes pour se faire comprendre quand on a voulu acheter notre maison, notamment avec le notaire. Et lorsque j’étais enceinte, le médecin parlait à mes parents pendant l’échographie. Mes parents me disaient « attends un peu, on va t’expliquer ce qu’il se passe », mais moi je voulais savoir tout de suite ! C’est vraiment le secteur médical qui devrait être amélioré à ce niveau. » Car des interprètes, il n’y en a que deux dans le département… « Parfois, les sourds se sentent infantilisés et pas forcément respectés par les entendants, qui regardent plus souvent l’interprète, lorsqu’il y en a un, que la personne sourde », ajoute Priscille Broda. L’intégration n’est pas toujours évidente, d’autant qu’environ 80 % des sourds sont illettrés. Et ceux qui savent lire ne sont pas aidés par « des sous-titres à la télévision de très mauvaise qualité », dixit Carmen.

Le ministère de la Santé a recensé 179 000 sourds ou malentendants dans la région, y compris les personnes âgées. Mais aucun chiffre précis n’existe concernant les sourds, afin de ne pas cibler une communauté en particulier.

Certains sourds ne souhaitent pas parler de handicap, et préfèrent à l’inverse, parler de la « culture sourde ». « Il existe une communauté sourde, bien sûr. Et certains la revendiquent, ils ne veulent pas ressembler aux entendants, explique Priscille Broda. Ils ont leurs propres « stars », leur propre histoire, ils n’ont pas de sujets tabous, font beaucoup d’humour sur les situations qu’ils rencontrent, etc.

» Cette culture, Le Trèfle souhaite la valoriser, et surtout, la faire entendre. •

Une journée portes ouvertes sera organisée les 21 et 22 septembre. Plus de renseignements sur www.trefle.org

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 31 Juillet 2010 à Arras

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