Rencontre au sommet pour les jeunes sourds européens

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Une centaine de sourds des quatre coins de l’Europe ont établi leur camp pendant dix jours à l’Auberge de Jeunesse de Lausanne. Retour sur un rassemblement festif mais aussi militant.

Pour converser, les participants du camp utilisaient la langue des signes internationale.

Des dizaines de jeunes en tongs de 18 à 30ans attablés dans un réfectoire, des mains qui s’agitent, et pas un seul éclat de voix. La semaine dernière à l’Auberge de Jeunesse de Lausanne, l’ambiance était aussi silencieuse que les discussions animées. Nonante-cinq jeunes sourds venus des quatre coins de l’Europe ont occupé les lieux à l’occasion du camp European Deaf Youth (EUDY) organisé par la Fédération suisse des sourds (FSS). Ils ont fait leurs adieux hier à la capitale vaudoise après une dizaine de jours sur place.

Le week-end dernier, les participants affichaient leur enthousiasme, interprète à l’appui. «J’adore la Suisse, lance Andelija, coiffeuse serbe de 23ans. Il me semble qu’ici le sourire est sur tous les visages.» «Le but du camp est de permettre aux jeunes sourds de toute l’Europe d’échanger et de partager les problèmes qu’ils rencontrent dans leurs pays respectifs», détaille Stéphane Beyeler, responsable du camp et vice-président de l’Association des sourds vaudois. Au programme: ski nautique, visite du Musée olympique, soirée en boîte mais aussi conférences et débats sur l’intégration. Lui-même sourd, l’animateur insiste sur le volet plus militant de la rencontre: «Le fil rouge est l’abolition des frontières avec les entendants.»

Un langage unique pour plusieurs nationalités
«Ce camp nous donne l’occasion rare de parler directement avec des sourds étrangers, explique Bojan, un participant slovène de 23ans. On constate qu’il y a des pays très avancés alors que, dans certains autres, la langue des signes n’est pas encore reconnue officiellement.» Son camarade de camp Vasily, venu tout droit de France, acquiesce. «Hier, on a par exemple parlé de la possibilité de créer une université accessible aux sourds; ça manque en Europe. On sent que la motivation à faire bouger les choses est là.»

A une table du réfectoire, un Ukrainien s’entretient librement avec un Serbe, une Allemande et un Français. Le petit miracle de la langue des signes. «Dans le camp, tout le monde utilise la langue des signes internationale alors je les comprends sans problème, explique Andelija. Mais c’est clair que, si j’allais seule en Roumanie, par exemple, je serais motivée pour apprendre quelques signes roumains.»

Les jeunes adultes abordent au passage quelques-unes de leurs difficultés quotidiennes. «Ce qui est le plus difficile, c’est de se sentir inférieur, rapporte Andelija. Parfois mes collègues discutent entre eux et je me sens isolée. Le mieux, ce serait d’avoir un petit mot écrit pour savoir de quoi il s’agit.» Bojan déplore quant à lui le manque de patience des entendants à son égard. «Souvent, quand les entendant cherchent à nous parler et réalisent qu’on est sourds, ils ne prennent pas le temps de se faire comprendre; ils s’en vont ou ils s’énervent. Du coup, on reste seuls, et c’est difficile à vivre

Dans deux ans, la majorité des participants au camp lausannois se retrouveront pour une nouvelle édition de la manifestation EUDY, quelque part en Europe.

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Trois idées reçues sur la surdité

LES SOURDS SONT MUETS Le terme sourds-muets hérisse le poil des malentendants. «J’ai des cordes vocales, je peux les utiliser, réagit Vasily. Certains sourds parlent, d’autres pas, c’est tout.»

LA LANGUE DES SIGNES EST INTERNATIONALE Chaque région linguistique possède sa propre langue. En Suisse, il existe trois langues des signes nationales et l’on trouve des différences de vocabulaire entre les Genevois, les Valaisans ou les Québécois. Les sourds du monde entier se comprennent néanmoins assez facilement car la grammaire et la syntaxe sont similaires. L’usage de l’espéranto – une langue des signes «internationale» simplifiée – leur permet en outre de communiquer avec les habitants de tout le globe.

ILS N’ÉCOUTENT PAS DE MUSIQUE «C’est drôle que les gens pensent ça, sourit Vasily. La musique provoque des vibrations et on les sent.» Une virée nocturne à l’Amnesia était d’ailleurs au programme du camp EUDY.

Source : http://www.24heures.ch © 19 Juillet 2010 à Suisse

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