La main des sourds

Le Musée des beaux-arts parle la Langue des signes

(Sherbrooke) Nouvelle exposition permanente, nouvelle façon de découvrir l’art d’ici. À la suite d’une invitation du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, voilà que le Musée des beaux-artsde Sherbrooke (MBAS) offre maintenant aux visiteurs sourds la possibilité de découvrir Espaces & paysages en toute autonomie. Un projet-pilote unique au Québec dans le domaine des arts visuels.

Les personnes sourdes auront maintenant la chance de s’initier à l’art d’ici puisque la nouvelle exposition permanente du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Espaces & paysages, vient tout juste d’être traduite en Langue des signes du Québec. Une initiative qui a été chaudement reçue par Daniel Forgues, président de la Fondation des sourds du Québec, Cécile Gélinas, directrice du MBAS, et André Hallé, adjoint au président de la Fondation.

De la conservatrice Sarah Boucher au guide-éducateur Réal Bélanger en passant par la directrice de l’établissement, Cécile Gélinas, toute l’équipe du Musée des beaux-arts de Sherbrooke aura mis la main à la pâte pour que la traduction de l’exposition voit le jour. «Nous nous réjouissons de pouvoir accueillir chaleureusement la communauté sourde et de pouvoir faciliter l’accès de notre établissement aux personnes sourdes», souligne avec enthousiasme Mme Gélinas.

Seul musée d’art à avoir été invité par le ministère dans l’élaboration de ce projet-pilote de traduction en Langue des signes du Québec (LSQ), le MBAS partage cet honneur de servir une nouvelle clientèle avec la Pulperie de Chicoutimi et le Musée Marius-Barbeau de la Beauce. «Le fait que nous ayons une nouvelle exposition permanente a joué pour beaucoup dans la décision du ministère, poursuit-elle. De plus, les personnes sourdes ne visitent pas beaucoup les musées d’art.»

Lancée un peu plus tôt cette année, Espaces & paysages rassemble des oeuvres aussi uniques que diversifiées qui ont les Cantons-de-l’Est comme point d’ancrage. «Essentiellement, ce sont des oeuvres qui datent du 19e et du 20e que l’on retrouve ici. Chacune représente à sa façon l’évolution du paysage de la région», précise celle qui a collaboré de près avec la Fondation des sourds dans ce projet.

18 arrêts et un visioguide

N’empêche, la traduction en LSQ d’une exposition artistique a nécessité plusieurs étapes. «Bien souvent, les personnes sourdes ne savent pas lire, d’où l’idée de faire la visite grâce à un visioguide» explique la directrice en soulignant que l’outil utilisé ressemble beaucoup à un Iphone. D’abord, on a fait une visite traduite directement avec un interprète. Puis, on a soumis ce texte de présentation. Plusieurs concepts ont dû être repensés parce qu’ils sont différents, voire inexistants pour un sourd.»

Après avoir filmé le guide-éducateur lors d’un de ses tours, un verbatim de la visite a été écrit puis enregistré avec un interprète. «Des concepts artistiques plus faciles à comprendre ont dû être intégrés, ajoute-t-elle. La visite a été structurée en 18 postes allant de l’explication du bâtiment, l’ancienne Eastern Townships Bank, aux oeuvres à proprement parler.»

Un bon guide

Les amoureux du musée vous le diront, les visites guidées du mardi, entre autres, en compagnie du guide-éducateur Réal Bergeron sont particulièrement appréciées. Et c’est justement sa couleur que l’on retrouve dans cette traduction en LSQ. «Il y a beaucoup de lui là-dedans, lance Cécile Gélinas. Plusieurs personnes nous ont même dit reconnaitre notre bon guide!»

Au total, la communauté sourde du Québec compte 7000 personnes.

Source : http://www.cyberpresse.ca © 14 Juillet 2010 à Canada

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