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Dans la classe où les gestes font des phrases

Depuis 2005, on peut apprendre la langue des signes française au lycée Victor-Hugo. Cette année, 85 élèves suivent cet enseignement dispensé par Jean-Pierre Tafzi.

Reportage

Ils sont une petite vingtaine d’élèves, issus de deux classes de seconde du lycée Victor-Hugo. Riant, parlant entre eux, ils entrent dans la salle, comme pour n’importe quel cours. Sauf que la séance qui débute est un peu différente. Jean-Pierre Tafzi, leur professeur, sourd de naissance, leur enseigne la langue des signes française (LSF).

C’est l’un des derniers cours de l’année. « On va faire des jeux », explique, par gestes, l’enseignant (1). Il distribue à ses élèves des images, représentant des scènes de la vie courante. A charge pour chaque lycéen de les interpréter en utilisant la LSF, et de faire deviner les situations à ses camarades.

Un autre exercice, auquel se prêtent les élèves, consiste à symboliser des pays : une pyramide pour l’Égypte, une harpe pour l’Irlande, une croix que l’on dessine sur soi pour la Suisse…

Deux heures par semaine

Depuis septembre, à raison de deux heures par semaine, Céline, Christie, Mégane, Gatien et les autres font leur apprentissage. Les mois, les jours, l’alphabet… : avec leurs mains, leur visage et même leur corps tout entier, ils découvrent une autre manière de communiquer. « Par rapport à l’apprentissage d’une autre langue, ça va aussi vite, glisse une lycéenne. Et c’est plus intéressant ».

La langue des signes est enseignée depuis 2005 au lycée Victor-Hugo. D’abord sous forme d’atelier, hors temps scolaire. Puis comme option facultative au bac. Le lycée hennebontais a d’ailleurs été le premier établissement de Bretagne à proposer cette option.

L’expression du visage

Au total, à Hennebont, ils sont 85 à suivre cet enseignement. « On travaille beaucoup le visuel et l’expression du visage, indique Jean-Pierre Tafzi. On ajoute ensuite le vocabulaire et on mélange. Les exercices grammaticaux demandent de la fluidité. D’où l’utilisation, en cours, de la vidéo pour apprécier le rythme des élèves ».

En début d’année, les lycéens « sont un peu angoissés, décrit l’enseignant. Ils n’ont pas envie de s’ouvrir. C’est difficile de se présenter devant les autres. Après, c’est comme une thérapie. Les élèves apprennent beaucoup sur eux-mêmes ».

« Un handicap invisible »

Jean-Pierre Tafzi conçoit la LSF comme « un pont entre les entendants et les malentendants ». L’enseignant tire d’ailleurs « un coup de chapeau » à la direction du lycée Victor-Hugo, qui a accepté que cet enseignement devienne une option à part entière. « En France, on manque d’interprètes, poursuit le professeur. Dans l’administration, la san Les sourds sont bloqués. La surdité est un handicap invisible. Et il y a beaucoup de problèmes d’illettrisme chez les sourds »

Les cours de Jean-Pierre Tafzi susciteront peut-être des vocations. Ses élèves ont en tout cas l’intention d’approfondir leurs connaissances. « C’est trop intéressant pour qu’on arrête ! », confirment-ils.

(1). Pour cette rencontre avec notre journal, Jean-Pierre Tafzi était accompagné d’une amie, Delphine. La jeune femme, qui connaît la LSF, faisait office d’« interface ».

Source
http://www.ouest-france.fr © 16 Juin 2010 à Hennebont
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