Se tailler une place dans la société malgré sa surdité

Il y a à peine un mois, Kim Aubry a franchi avec brio une étape importante de sa vie : elle a complété le programme Technologie de l’estimation et de l’évaluation en bâtiment, et ce, malgré sa surdité. Elle devient ainsi la première diplômée sourde gestuelle du Cégep de Drummondville. Maintenant prête à faire son entrée sur le marché du travail, elle se voit refuser les postes offerts. L’Express l’a rencontrée en compagnie de son interprète Kathy Leblanc.

«La seule chose que je demande, c’est que les patrons aient l’esprit ouvert à mes conditions et même, à celles des autres personnes sourdes ou handicapées, fait savoir Kim Aubry. Je veux tellement travailler dans ce domaine. Tous ces refus sont une source de frustration… Pourtant, jusqu’à présent, j’ai accompli de belles réalisations et je ne déçois pas l’employeur où je fais mon stage depuis maintenant deux étés.»

De fait, la jeune diplômée évalue les maisons pour la MRC des Chenaux, en Mauricie. Preuve qu’elle est autonome au travail, Kim se rend seule chez les clients et utilise tous les moyens pour se faire comprendre.

«Lorsque j’arrive, je présente une feuille au client qui indique que je suis sourde. Quelques informations y sont aussi inscrites, dont mon nom et l’entreprise pour laquelle je travaille. Si j’ai un problème ou des questions, j’utilise un papier et un crayon. Je peux également lire sur les lèvres ou on peut mimer avec des gestes naturels», illustre-t-elle.

À la fin de l’été, Kim devra cependant délaisser ses fonctions puisque sa période de stage sera terminée. C’est donc avec appréhension qu’elle attend ce moment… «La MRC ne peut pas m’offrir un poste à temps plein, c’est pourquoi je dois me trouver un emploi. J’aimerais vraiment travailler à Drummondville. Je suis donc en recherche intensive», laisse entendre celle qui n’a jamais baissé les bras.

Le plus difficile, selon elle, c’est de prouver aux employeurs qu’elle est capable d’accomplir les tâches.

«Durant mes cours au cégep, les étudiants ont été témoins du fait que je suis capable, comme eux, d’apprendre les notions et de travailler. Il y a juste une chose, c’est que je n’entends pas. Le reste, je suis un être humain comme tout le monde», soutient-elle.

Un accueil chaleureux

Une des choses que la Drummondvilloise retient de son expérience au cégep est l’accueil qu’on lui a réservé.

«J’ai vraiment eu un accueil exceptionnel. Durant mes trois années d’études, il n’y a eu aucune contrainte. Ça très bien été, autant avec les professeurs qu’avec les étudiants. Je peux dire que je suis vraiment satisfaite des services que j’ai reçus», partage celle qui est sourde de naissance.

Avant de faire ses études en Technologie de l’estimation et de l’évaluation en bâtiment, Kim a étudié à Saint-Hyacinthe en Techniques de santé animale, pour rapidement se rendre compte qu’elle n’était pas faite pour ce métier. «Je suis un peu émotive quand il est question d’animaux malades», expose-t-elle.

C’est après avoir passé des tests chez un orienteur privé que la jeune femme de 24 ans a su vers quel domaine elle se dirigerait.

«J’étais très intéressée par tout ce qui touche les maisons et la construction, mais je m’y connaissais très peu. J’ai donc appris de A à Z au cégep», précise-t-elle, en soulignant au passage qu’elle est fière d’avoir obtenu son diplôme.

La formation est dispensée selon la formule alternance travail études permettant aux étudiants de faire deux stages rémunérés. Pour Kim, cette étape a été particulièrement difficile.

«Après ma première année, j’ai envoyé des curriculum vitae partout, mais je n’ai eu aucune réponse. C’était vraiment ma surdité qui empêchait de me trouver un stage. J’étais un peu découragée de voir que tous les autres étudiants en avaient trouvé et pas moi. J’ai donc dû retourner travailler en usine tout l’été. L’année suivante, je me suis prise à l’avance, mais malheureusement, l’histoire s’est répétée jusqu’à la dernière minute, au mois de mai, où j’ai été engagée à la MRC des Chenaux après avoir vu le poste affiché sur Internet. J’étais vraiment contente!», se rappelle-t-elle.

Même si Kim ne peut pas se faire entendre, sa volonté de travailler et sa persévérance sont faciles à saisir.

«C’est important que les gens retiennent que tous les sourds, peu importe qui ils sont, sont capables de travailler comme n’importe qui, et c’est la même chose pour les personnes handicapées. Il faut juste que les gens arrêtent d’avoir peur. Le Service externe de main-d’œuvre (SÉMO) est présent pour les employeurs et est capable parfois d’offrir des subventions pour l’intégration des personnes handicapées au travail. Enfin, j’espère réellement pouvoir me trouver un emploi très bientôt», conclut-elle.

Source http://www.journalexpress.ca © 21 Juin 2010 à Canada
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