La main des sourds

“Sign’ô”, le festival du monde du silence, lien entre sourds et entendants

Les danseurs évoluent sur la scène dans un silence total, angoissant, sans aucune musique, sans aucun repère sonore, dans un ballet où les artistes, tous sourds, font partager leur univers aux entendants à l’occasion du festival “Sign’ô” ce week-end à Toulouse.

Une dizaine de spectacles – théâtre, danse, conte… – étaient programmés pour cette 3e édition d’une rencontre exceptionnelle au théâtre des Mazades entre les entendants et les sourds à travers l’art, organisée par l’association Act’s qui s’est donné pour mission la mixité sourds-entendants.

Il y a “une coupure entre la culture et les sourds”, remarque Lucie Gaillard, une des responsables de la programmation du festival, qui se veut “le relais, le vecteur” pour qu’ils aient accès aux mêmes spectacles, aux mêmes scènes, que les entendants.

Parmi les troupes, certaines sont mixtes – sourds et entendants – d’autres sont formées uniquement de malentendants, d’autres encore d’entendants. Quant au public, il est composé à 60% de sourds venus de toute la France et de l’étranger, et de 40% d?entendants, selon les organisateurs qui avaient accueilli 900 spectateurs en deux jours pour la précédente édition.

La chorégraphe Lucie Lataste s’est lancée pour sa part le défi de monter un ballet avec six comédiens sourds de la compagnie “Danse des signes”, “Les Survivants”. Aucun son ne rythme les gestes des danseurs, vêtus de noir, qui évoluent sur 5 poèmes de Boris Vian. Une plongée étonnante, pour les entendants, dans un monde du silence.

Le “GIGN Groupe d’intervention globalement nul”, des entendants, présente un numéro de burlesque muet accessible à tous les publics. De même que la compagnie Moving People, avec ses déambulations sans parole. “Pour ces troupes, il est important de rencontrer des sourds, en se taisant, en jouant sur le regard et le corps”, indique à l’AFP Lucie Gaillard.

“Le livre des Amours” de la compagnie “La Pierre en Bois”, un conte, était pour sa part en version bilingue, Langue des signes – Français, comme d’autres spectacles pour adultes ou pour enfants. “Par le langage du corps, la langue des signes, le conte prend une autre ampleur”, assure encore Mme Gaillard.

Un spectacle comique, “Pourquoi”, de la compagnie IVT, était pour sa part présenté uniquement en langue des signes. Mais “le public entendant est très curieux de découvrir ce langage” et assiste nombreux aux représentations, note-t-elle.

La chorégraphe Lucie Lataste s’est lancée pour sa part le défi de monter un ballet avec six comédiens sourds de la compagnie “Danse des signes”, “Les Survivants”. Aucun son ne rythme les gestes des danseurs, vêtus de noir, qui évoluent sur 5 poèmes de Boris Vian. Une plongée étonnante, pour les entendants, dans un monde du silence.

Avant le ballet, une lecture permet à tous de découvrir les textes des poèmes (Le temps de vivre, Terre-Lune, Je voudrais pas crever…). Puis les artistes s’engagent dans leur ballet, seulement rythmé par un silence affreusement pesant pour les entendants.

Jeu des mains exprimant les poèmes en langue des signes, visages très expressifs, mouvements synchrones malgré l’absence de rythme musical, un monde inconnu se révèle.

“On entre dans le temps des sourds”, lâche la chorégraphe, une entendante : “il est suspendu, plus lent, mais plus habité, (…) sans musique, sans repères (…) avec des vides, des silences. Cela fait entrer dans un état méditatif”.

Source http://www.france24.com © 30 Mai 2010 à Toulouse

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.