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Utiliser le langage des signes, un geste qui compte

Pour la déclaration de revenus, les impôts proposaient aux sourds, cette année encore,une permanence à la Caf. Un petit geste qui compte pour ceux qui sont coincés dans leurs bulles.

Corinne (de dos) est une habituée de la permanence des impôts réservée aux sourds, qui se tient chaque année à la Caf. En face d'elle, Magali Girard, des impôts, et Marie-Françoise Hurault, traductrice en langue de signes.

Au service des impôts, personne ne parle la langue des signes. « Et nous n’avons pas assez de visiteurs sourds pour que cela justifie de former spécifiquement quelqu’un », reconnaît, presqu’à regret, Magali Girard, inspecteur des impôts, en charge de l’accueil des clients.

Elle sait pourtant que des usagers sont coincés dans leur bulle de silence. Et qu’ils ne viennent pas, ou n’osent pas venir, sans doute parce que l’accueil n’est pas adapté à la chape de plomb qui s’est abattue sur eux. « Et ce n’est pas parce qu’on n’en voit pas dans nos services qu’il n’y en a pas. »

Solution à la Caf

Une double peine pour les sourds, voire même une triple, « puisque certains usagers sont parfois passés à côté de certains de leurs droits tout simplement parce qu’ils n’avaient pas les informations nécessaires ».

La solution ? C’est à la caisse d’allocations familiales, rue de la Marne, que les impôts l’ont trouvée. « Il y a une certaine logique, détaille Marie-Françoise Hurault, conseillère habitat, puisque la Caf délivre des prestations et que celles-ci dépendent des conditions de ressources. » Mais surtout, la Caf dispose de trois personnes qui maîtrisent la langue des signes. Dont Marie-Françoise Hurault. C’est pour des questions personnelles qu’elle s’est lancée à la découverte de cette langue. Elle la maîtrise aujourd’hui sur le bout des doigts, même si elle regrette « de ne pas la pratiquer plus souvent ».

Elle a aussi converti une de ses collègues, Catherine Cahot. Responsable de l’accueil téléphonique, celle-ci était désolée de ne pouvoir faire plus pour ce public. « Le monde des sourds est un monde à part, et je me sentais démuni face à eux pour leur donner des informations. »

Il y a quatre ans, dans le cadre d’un droit individuel à la formation (Dif), elle se lance dans l’apprentissage de cette drôle de langue, « plus difficile encore qu’une langue étrangère », et dont la syntaxe « se construit un peu à l’envers ».

Sa découverte de la langue est une véritable révélation. « Après une semaine de pratique, j’étais emballée. » Sur son bureau, elle a toujours à portée de main des dictionnaires de la langue des signes. Et n’hésite pas à fouiner dans internet pour faire quelques révisions, approfondir un vocabulaire dont les nuances se nichent dans des détails du visage.

Mal au ventre s’exprime par exemple en serrant ses poings sur le ventre, « mais le sens n’est pas exactement le même si un rictus de douleur s’imprime sur le visage ou non », souligne Catherine. « C’est une langue très riche, qui se parle avec les yeux. » Corinne ne dit pas le contraire. Sourde, quand elle va dans certaines administrations, elle n’oublie jamais de venir avec un crayon, « pour dire ce que je veux ». Ou avec sa fille, qui traduit pour elle. Pour les impôts, elle n’a besoin de personne. Et pas besoin de parler la langue des signes pour « comprendre » son large sourire.

Source : http://www.ouest-france.fr © 25 Mai 2010 à La Roche sur Yon

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